Centrafrique: appel à désarmer églises et mosquées, l'ONU veut 3.000 hommes de plus

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Les chefs de l'Eglise catholique et de la communauté musulmane centrafricaines ont appelé vendredi à désarmer les civils "infiltrés" dans les églises et les mosquées pour neutraliser miliciens et pillards qui terrorisent le pays malgré le déploiement de forces internationales.
Les chefs de l'Eglise catholique et de la communauté musulmane centrafricaines ont appelé vendredi à désarmer les civils "infiltrés" dans les églises et les mosquées pour neutraliser miliciens et pillards qui terrorisent le pays malgré le déploiement de forces internationales. — Fred Dufour AFP

Les chefs de l'Eglise catholique et de la communauté musulmane centrafricaines ont appelé vendredi à désarmer les civils «infiltrés» dans les églises et les mosquées pour neutraliser miliciens et pillards qui terrorisent le pays malgré le déploiement de forces internationales.

Face à la persistance de violences à grande échelle, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a lui appelé jeudi à déployer très vite plus de soldats et de policiers en Centrafrique pour secourir des populations livrées aux crimes de bandes armées, particulièrement dans les zones où aucune force de l'ordre ni administration n'est présente.

Saluant l'appel du secrétaire général à dépêcher au plus vite 3.000 hommes en renfort des forces française Sangaris et africaine Misca, l'archevêque de Bangui, Dieudonné Nzapalainga, et l'imam de la capitale centrafricaine, Oumar Kobine Layama, côte à côte, ont conjuré tous les Centrafricains de désposer les armes.

«Que tous nos frères qui ont des armes les remettent. Les militaires doivent désarmer tout le monde, dans les églises et les mosquées», a lancé l'archevêque lors d'une conférence de presse;

«Beaucoup de Centrafricains ont des armes, musulmans et chrétiens. Les armes n'ont pas choisi un camp», a-t-il ajouté.

«Des gens s'infiltrent avec des armes dans les sites religieux, y compris les mosquées», a renchéri l'imam, en appelant à soutenir les opérations de désarmement des forces internationales.

- La peur au ventre -

Les deux hommes appellent en vain depuis des mois à la fin des tueries entre chrétiens et musulmans, qui ont plongé le pays dans une crise humanitaire dans précédent avec près d'un million de déplacés sur une population totale de 4,6 millions d'habitants et un exode de la minorité musulmane de régions entières.

Le cycle infernal des tueries a été déclenché par des mois d'exactions en toute impunité contre les chrétiens perpétrées par des combattants majoritairement musulmans de la Séléka qui avaient pris le pouvoir à Bangui en mars 2013. En réaction des milices d'auto-défense majoritairement chrétienne, les anti-balaka, se sont formées.

Très rapidement elles ont attaqué les civils musulmans, à Bangui notamment, entraînant un exode depuis décembre de dizaines de milliers d'entre eux, sur fonds de lynchages et de pillages que les soldats français et africains ne parviennent pas à faire cesser.

Ces crimes ont conduit la nouvelle présidente de transition, CatherIne Samba Panza, à annoncer une «guerre» contre les anti-balaka.

Face à cette situation, M. Ban a réclamé devant le Conseil de sécurité de l'ONU le déploiement rapide «d'au moins 3.000 soldats et policiers supplémentaires» pour rétablir l'ordre et protéger les civils.

M. Ban a demandé que ces nouvelles troupes arrivent «dès que possible, dans les jours et les semaines à venir» et soient dotées de moyens aériens pour se déplacer en province.

Evoquant les effectifs militaires déjà sur place ou prévus --2.000 Français, près de 6.000 Africains et entre 500 et mille Européens--, il a ajouté: «Il nous en faut davantage, et vite». «Les besoins de sécurité dépassent de loin les capacités des troupes internationales déployées actuellement», estime-t-il.

«Et là où il n'y a pas de forces internationales, les civils n'ont trop souvent le choix qu'entre la mort et la fuite».

A l'issue d'une visite de deux jours à Bangui, la responsable des opérations humanitaires de l'ONU Valérie Amos avait elle aussi jugé jeudi qu'il n'y avait «pas assez de troupes sur le terrain» et souligné que la RCA «a connu une destruction totale de ses institutions».

Comme dans la ville de Bossangoa (nord-ouest) où elle est rendue et a pu constater que les quelques centaines de musulmans qui y vivent encore manquent de tout, craignent tout le monde et n'attendent qu'une chose, la peur au ventre: fuir la Centrafrique.