Ukraine: La mise au pas des manifestants, seule issue possible à la crise?

DÉCRYPTAGE Après les affrontements meurtriers de la nuit dernière dans la capitale...

Bérénice Dubuc

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Des manifestantrs déterrent des pavés sur la Place de l'Indépendance, le 19 février 2014 à Kiev
Des manifestantrs déterrent des pavés sur la Place de l'Indépendance, le 19 février 2014 à Kiev — Genya Savilov AFP

Les affrontements entre policiers et manifestants en Ukraine vont-ils se transformer en violente répression? Au lendemain de l’assaut des forces antiémeute contre le Maïdan à Kiev, qui a fait 26 morts et 241 blessés, la mise au pas des manifestants par les autorités semble l’issue la plus probable à la crise, même si plusieurs éléments pourraient jouer pour atténuer la violence de cette répression.

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Plutôt pessimiste sur la suite des événements, Philippe Migault, directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), craint qu’«il n’y ait plus de solution de sortie de crise» désormais. «Il y a déjà eu des affrontements sévères entre manifestants et forces de l’ordre, ainsi que plusieurs morts, mais le jeu s’était calmé, on était entré dans une phase de négociations. Or, ces négociations n’ont pas abouti et je crains que les autorités ne soient maintenant parties pour ramener l’ordre manu militari», explique-t-il.

Signes inquiétants

Alexandra Goujon, maître de conférences à l’université de Bourgogne, abonde: «Les autorités sont déjà allées tellement loin qu’un revirement paraîtrait étonnant, compte tenu de la politique menée jusqu’à maintenant.» Pour elle, les déclarations de Viktor Ianoukovitch la nuit dernière, le blocage du métro et des routes menant au centre de Kiev, mais aussi la présence de «titoushki», des hommes en civil qui commettent des actes de violence, sont autant de signes inquiétants.

Selon Philippe Migault, le ton s’est durci à la fois du côté des autorités et du côté des manifestants, et «avec cette montée aux extrêmes des deux cotés, on est passé de la manifestation à l’insurrection. Or, une insurrection ça se réprime.» «Il semble à cet instant que le président soit déterminé à utiliser les forces de l’ordre pour nettoyer la place», analyse Alexandra Goujon.

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Cependant, plusieurs éléments, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, peuvent jouer selon la spécialiste pour atténuer la violence de la répression: les menaces de sanctions brandies par l’UE, l’intervention éventuelle de la Russie, mais aussi les dissonances qui se font entendre au sein du parti des régions, le parti de Viktor Ianoukovitch. «Des oligarques sont intervenus pour dire que l’usage de la violence n’était pas acceptable», rappelle-t-elle.

«Et, si la répression va trop loin, les violences laisseront des traces un esprit de vengeance. Certains régimes autoritaires ont réussi à se maintenir par la violence, mais d’autres ont échoué. Et la prochaine élection présidentielle est dans un an. Il peut être risqué pour Ianoukovitch d’agir de la sorte.»

La spécialiste ajoute qu’une réconciliation n’est pas totalement à exclure, car, si les deux parties s’opposent vivement, aujourd’hui dans les rues mais déjà par le passé au Parlement, où elles en sont parfois venues aux mains, il y a aussi eu des périodes de travail en commun, quand Viktor Ianoukovitch était Premier ministre de Viktor Iouchtchenko, par exemple. «Et, même au plus fort de la répression mardi soir, les leaders de l’opposition se sont rendus chez le président pour discuter», conclut-elle.