La Bulgarie se fait à l'école pour tous

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A priori, rien ne distingue l'école Aleko-Konstantinov des autres établissements de Roussé (nord de la Bulgarie).

Or, ici, une révolution est en marche. Depuis la rentrée, cette école primaire intègre vingt enfants roms, scolarisés jusque-là dans une institution pour handicapés. « Quand le gouvernement a décidé de fermer l'institution, nous avons fait passer des tests aux élèves, explique le directeur, Gueorgui Gotchev. Sur cent vingt élèves, tous tsiganes, quatre-vingt-dix pouvaient suivre une scolarité normale. » Pourtant, pendant des années, les institutions pour handicapés ont servi de voie de garage pour les enfants roms.

En 1999, sous la pression de l'Union européenne, le gouvernement a mis en place un programme pour l'intégration scolaire des minorités. L'initiative commence à porter ses fruits, même si seuls 43 % des enfants roms terminent le premier cycle. « Notre tâche est immense, explique Gueorgui Gotchev. Ces enfants étaient quasiment livrés à eux-mêmes. Beaucoup sont incapables de suivre la discipline d'une classe. » Les Roms vont en cours une partie de la journée avec les autres élèves, mais bénéficient de cours de soutien en bulgare et en mathématiques. « Nous passons six heures par semaine avec chacun d'entre eux, explique un enseignant. C'est trop peu, surtout pour les plus âgés. Nous accueillons parfois des enfants de 10 ans qui savent à peine écrire leur nom. J'ai peur que pour eux, la bataille ne soit perdue. » Les associations sont aussi inquiètes. « Si le gouvernement a mis en place ces programmes, c'est pour entrer dans l'UE, affirme Nikolaï Kirilov, directeur du centre pour l'intégration scolaire des Roms. Rien ne nous dit qu'après le 1er janvier, il poursuivra ses efforts. »

Envoyées spéciales à Sofia, V. Leray et C. Mannevy

En Bulgarie et en Roumanie, les Tsiganes (ou Roms) seraient entre 2,2 et 2,8 millions, soit environ 10 % de la population.