Ukraine: Les manifestants occupent le siège du parti de Viktor Ianoukovitch à Kiev

CONFLIT Alors que des manifestants sont mobilisés près du Parlement, où une réforme constitutionnelle demandée par l'opposition et réduisant les pouvoirs du président doit être étudiée ce mardi...

B.D. avec AFP
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Des opposants renforcent les barricades avec des sacs de sable le 17 février 2014 à Kiev
Des opposants renforcent les barricades avec des sacs de sable le 17 février 2014 à Kiev — Sergei Supinski AFP

Ils repartent à l’assaut. Les manifestants ont pris ce mardi le contrôle du siège du parti du président ukrainien Viktor Ianoukovitch dans le centre de Kiev après un assaut au cocktail molotov, selon un journaliste de l'AFP.

Entre 200 et 300 manifestants ont jeté des pavés et des cocktails molotov sur ce bâtiment dont ils ont brisé plusieurs vitres. Ils ont forcé avec une hache l'entrée dans un garage situé dans la cour de l'immeuble, et ont pris le contrôle des locaux, qui étaient envahis de fumée, avec plusieurs foyers d'incendie. Plus tôt dans la matinée, des heurts avaient éclaté entre manifestants et policiers anti-émeute près du parlement ukrainien.

Manifestations aux alentours du Parlement

La police a eu recours à du gaz lacrymogène, jeté des grenades assourdissantes et tiré des balles de caoutchouc sur les manifestants après que ces derniers ont jeté des pavés en direction des cordons de police qui encerclent le parlement. Des manifestants encagoulés ont incendié deux camions postés aux environs du parlement avec des cocktails molotov. Les policiers ont riposté avec un canon à eau. D'autres manifestants continuaient à arracher les pavés rue Institutska, près du Parlement.

Les manifestants en route vers le Parlement se sont arrêtés à 200 mètres du bâtiment, bloqués par les cordons des troupes de l'Intérieur et des policiers anti-émeute. Le service d'ordre de l'opposition sur Maïdan, la place de l'Indépendance, tentait d'éviter une confrontation directe entre les manifestants les plus radicaux et les policiers.

«Notre objectif est d'encercler le Parlement, de le bloquer pour ne pas laisser les députés nommer un Premier ministre “russe"», a déclaré sur place Andriï Paroubiï, responsable du Maïdan, également député du parti Batkivchtchina de l'opposante emprisonnée Ioulia Timochenko. Selon son entourage, le président Ianoukovitch pourrait présenter dès mardi un nouveau Premier ministre. Mais les députés doivent surtout étudier une réforme constitutionnelle demandée par l'opposition et réduisant les pouvoirs du président au profit de gouvernement et du Parlement.

Impatience

«Nous organisons une offensive pacifique à l'égard du Parlement. L'opposition n'y dispose que de 169 députés [sur 450], ce qui n'est pas suffisant mais j'espère que les représentants de la majorité vont comprendre qu'ils doivent apporter leurs voix pour résoudre la question de la réforme constitutionnelle», a déclaré à la presse le chef du parti nationaliste Svoboda (Liberté), Oleg Tiagnybok.

L'opposition a accusé le pouvoir ukrainien de céder aux pressions de Moscou, depuis que Viktor Ianoukovitch a renoncé en novembre à signer un accord d'association avec l'Union européenne, pour se tourner vers la Russie. La situation s'était apaisée lundi à Kiev avec l'évacuation par les opposants de la mairie de la ville, occupée depuis décembre, en échange d'une amnistie pour plus de 200 manifestants poursuivis et qui encouraient de lourdes peines pouvant aller jusqu'à 15 ans de prison.

Mais l'opposition s'impatiente de voir des progrès, alors que les négociations avec le pouvoir sont au point mort, qu'il s'agisse de la réforme constitutionnelle ou de la nomination d'un nouveau Premier ministre. L'évacuation de la mairie, lieu très symbolique de la contestation transformée en «QG de la révolution», a été très mal vécue par beaucoup de manifestants, qui ont estimé que l'opposition faisait trop de concessions.