Turquie: Erdogan consolide son emprise sur la justice en passant en force

MONDE Sous la pression, Erdogan avait promis de «geler» les articles les plus controversés, mais il n'en a finalement quasiment rien fait...

avec AFP

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Recep Tayyip Erdogan à Berlin le 4 février 2014.
Recep Tayyip Erdogan à Berlin le 4 février 2014. — Stefan Boness/IPON-BONESS/SIPA

Le gouvernement turc a fait voter samedi par ses députés la réforme judiciaire destinée à renforcer son emprise sur les magistrats, à peine amendée par les nombreuses critiques qui l'ont dénoncée comme un nouveau moyen d'étouffer le scandale de corruption qui l'éclabousse.

Au terme d'un débat sous très haute tension émaillé d'échanges de coups entre élus rivaux, le Parlement a adopté sans surprise le projet de loi, grâce à la majorité absolue dont dispose le Parti de la justice et du développement (AKP) du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan.

Un passage en force

Entre autres mesures, ce texte autorise le ministre de la Justice à ouvrir des enquêtes sur les membres du Haut-conseil des juges et procureurs (HSKY), une des plus hautes instances judiciaires du pays en charge de nommer ses plus hauts magistrats. Il permet également au ministre d'imposer au HSYK son ordre du jour.

Déposée en janvier en pleine crise provoquée un scandale politico-financier sans précédent, cette réforme a provoqué la colère de l'opposition et les mises en gardes de l'Union européenne (UE) et des Etats-Unis, inquiets d'une remise en cause de «l'indépendance de la justice».

Sous la pression, Erdogan avait consenti à «geler» les articles les plus controversés de son texte dans l'espoir de rallier l'opposition à un projet amendé. Mais, sûr de sa majorité au Parlement, il a décidé vendredi de faire passer en force un texte à peine modifié qui consacre la mainmise du pouvoir politique sur les délibérations du HSYK.

Un député le nez en sang

Comme lors du premier débat en janvier, plusieurs députés en sont venus aux mains dans la nuit en plein hémicycle. L'un d'entre eux est sorti de ce pugilat le nez en sang.

Ce texte a une nouvelle fois déchaîné les critiques de l'opposition. «Le Premier ministre veut devenir le grand chef du pays. Il essaie de façonner une institution judiciaire qui prendra des décisions à son goût», s'est indigné le député du Parti républicain du peuple (CHP) Akif Hamzaçebi. «Ce texte satisfait les besoins de l'AKP», a pour sa part dénoncé son collègue du Parti pour un mouvement nationaliste (MHP), Ozcan Yeniçeri, «il veut placer le HSYK sous son contrôle».