«Le standing du gouverment irakien mis à mal»

Recueilli par Alexandre SULZER

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Gilles Kepel est professeur à Sciences-Po et spécialiste du monde arabe.

Cette exécution n’est pas une surprise. Quel est son poids politique ?
Elle permet à Bush de montrer un résultat positif en Irak alors qu’il est en train d’hésiter sur la stratégie à suivre après la remise du rapport Baker. Mais elle empêche Saddam d’être jugé pour le gazage des kurdes d’Halabja. Cette communauté a le sentiment que justice n’a pas été faite un peu comme les Chiliens auraient préféré voire Pinochet devant un tribunal. La précipitation des jugements donne le sentiment qu’il s’agit davantage d’une opération politique que judiciaire. La date quant à elle est étonnante. Elle intervient en plein pendant le pèlerinage de la Mecque qui est une période durant laquelle il n’y a pas traditionnellement d’exécution dans le monde musulman.

Cette exécution arrange-t-elle le gouvernement irakien?
Le gouvernement s’en félicite et appelle à la réconciliation nationale. Il aura à cœur de montrer qu’il s’agit bel et bien de la mise à mort d’un dictateur et non pas de l’exécution d’un Sunnite par des Chiites. Mais le cafouillage des déclarations d’hier laisse le sentiment qu’il s’agit d’une décision américaine et que Bagdad n’est pas un régime souverain. Ce qui n’est pas bon pour son standing dans le monde arabe.

Quelles réactions peut-on attendre de la communauté internationale ?

La plupart des pays européens se sont prononcés contre la peine de mort mais les protestations ne sont pas très farouches, car Saddam Hussein est considéré comme un criminel, ce qui n’a pas toujours été le cas. La réaction la plus virulente pour l’instant a été celle du Hamas ; les Palestiniens n’ont pas oublié ce que Saddam Hussein a fait durant la première guerre du Golfe : envoyer des missiles Scuds sur Israël. Il est difficile de savoir par contre quelle seront les réactions des diplomaties arabes.