Hollande chez Obama: A quoi va servir cette visite d’Etat?

Mathieu Bruckmüller

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François Hollande, en partance pour un voyage officiel, le 25 mars 2012
François Hollande, en partance pour un voyage officiel, le 25 mars 2012 — CHAMUSSY/SIPA

Opération séduction. Barack Obama met les petits plats dans les grands pour recevoir François Hollande, dès lundi soir, à l’occasion de la première visite d’Etat, la plus importante dans l’ordre protocolaire, sur le sol américain, depuis sa réélection en novembre 2012.

Ce déplacement de trois jours, le premier du genre en dix-huit ans pour un président de la République français depuis Jacques Chirac, débutera un pèlerinage en Virginie, aux sources de l'amitié entre Washington et Paris, sur les terres du francophile Thomas Jefferson, troisième président américain.

Hollande dans le Boeing d’Obama

Signe de l’importance de la rencontre, les deux chefs d’Etat s’y rendront dans le Boeing spécial de Barack Obama. La visite se poursuivra mardi à Washington entre honneurs militaires et fastueux dîner à la maison Blanche dont les abords ont été pavoisés de drapeaux tricolores. Un décorum qui ne doit rien au hasard.

En l’absence de contrats à signer et au-delà du symbole d’amitié entre les deux pays, «Obama voit désormais dans la France son nouvel allié de référence en Europe», explique François Durpaire, historien des Etats-Unis à l’Université de Cergy-Pontoise.

Washington peut compter sur Paris

Après le refus du Parlement britannique le 29 août 2013 d’intervenir en Syrie, les Etats-Unis se sont sentis lâchés par leur partenaire historique. A l’inverse, la France s’est montrée très agressive sur les dossiers syrien, iranien et malien. «Résultat, Washington qui répugne à jouer les gendarmes du monde, sait qu’elle peut compter sur Paris qui est pour elle la plus importante force géopolitique de la région. Et Obama compte sur la France pour poursuivre ce rôle à l’avenir», précise François Durpaire.

Quant à François Hollande, au plus bas dans les sondages avec une cote de popularité sous la barre des 20%, et confronté à un chômage record, cette visite doit lui permettre de reprendre un peu d’air en dehors du marigot politique hexagonal. Mais aussi de donner une image «tech friendly», à l’occasion de son passage à San Francisco mercredi, le premier dans la Silicon Valley depuis François Mitterrand, il y a trente ans. Pour promouvoir l'innovation technologique «made in France», le chef de l’Etat a amené dans ses valises une dizaine de chefs d’entreprises français, comme Stéphane Richard, le PDG d'Orange, et aussi des patrons de PME.

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Séduire la Silicon Valley

«L’enjeu pour François Hollande est de transformer l’atout géopolitique en atout économique afin que la croissance française profite au maximum de la reprise américaine», résume François Durpaire. La tâche s’annonce ardue alors que les nouveaux investissements étrangers en France ont chuté de 77% l’an dernier sur fond de baisse d’attractivité de notre économie. Dans ce contexte François Hollande devra faire œuvre de pédagogie lors de son déjeuner avec plusieurs grands patrons comme Eric Schmidt (Google), Sheryl Sandberg (Facebook) et Jack Dorsey (Twitter) pour vanter les qualités de la maison France.