Un Noël au goût amer au Liban

A Beyrouth, de notre correspondant David Hury

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Le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, entame mardi une mission délicate de médiation à Beyrouth pour tenter de trouver une issue à la crise politique, alors que le gouvernement et l'opposition ne parviennent pas à s'entendre sur un gouvernement d'union nationale.
Le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, entame mardi une mission délicate de médiation à Beyrouth pour tenter de trouver une issue à la crise politique, alors que le gouvernement et l'opposition ne parviennent pas à s'entendre sur un gouvernement d'union nationale. — Anwar Amro AFP

Après 24 jours de sit-in dans le centre-ville de Beyrouth, 5000 personnes continuent de demander chaque jour la chute du gouvernement pro-occidental de Fouad Siniora. Si les sympathisants du Hezbollah forment le gros de la troupe, environ 1500 chrétiens campent sur place. Et pour le réveillon de Noël, leurs partis politiques misent sur une plus forte participation.

Dimanche, place des Martyrs, tout est prêt pour ce réveillon. Les militants ont fait preuve d’imagination pour décorer eux-mêmes leurs tentes, et les formations politiques ont mis la main à la poche. Le Courant patriotique libre du général Aoun, pilier de l’opposition chrétienne, a installé un immense sapin illuminé. Nada, une mère de famille, assure qu’elle fera un détour par là ce soir: «Je viendrai avec mes enfants pour la distribution de cadeaux et pour manger une part de bûche.» Même une messe de minuit a été prévue à la cathédrale Saint-Georges… Et beaucoup espèrent la venue de Michel Aoun en personne. «Nous serons tous ensemble ! », s’enthousiasme un adolescent, accroupi près d’un feu et surveillant ses marrons.

Mais en dépit de la «trêve des confiseurs», la tension monte très perceptiblement. La mobilisation a changé de visage: la kermesse familiale des premiers jours a cédé la place à un mouvement plus partisan. Certains s’énervent des «affaires» comme celle, jeudi, de la saisie d’explosifs et d’armes chez un cadre d’un parti d’opposition pro-syrien, d’autres s’interrogent sur l’échec de la médiation d’Amr Moussa, le secrétaire général de la Ligue arabe.

Dans le campement chrétien, les hommes du Hezbollah surveillent et régentent tout. «Fais ce qu’il dit, c’est un Hezbollah», souffle un aouniste avant de confier: «Ce sit-in nous a permis de nous connaître, entre chrétiens et chiites. Nous avons quand même beaucoup de différences…»

Mais l’impasse politique actuelle a un impact catastrophique sur l’économie du pays. Certains commerçants affichent depuis une semaine des soldes jusqu’au 80%. Adnane Kassar, le président des organismes économiques libanais, a lancé un appel désespéré aux politiques, affirmant qu’«on n’a pas le droit de détruire un pays pour des revendications non satisfaites».

Place des Martyrs, Sami a trouvé la solution pour mettre fin au bras de fer entre opposition et gouvernement. Il a écrit au père Noël: «Petit papa Noël, je veux que Siniora s’en aille car je veux rentrer chez moi…»