JO de Sotchi: Manifestations dans le monde entier contre une loi russe «anti-gay»

MONDE A deux jours de la cérémonie d'ouverture, des rassemblements sont prévus dans le monde entier contre cette loi passée 2012...

Faustine Vincent

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Des manifestants pour les droits des homosexuels emmenés par les forces de l'ordre lors d'une manifestation en Russie en mai.
Des manifestants pour les droits des homosexuels emmenés par les forces de l'ordre lors d'une manifestation en Russie en mai. — Ivan Sekretarev/AP/SIPA

Les Jeux olympiques de Sotchi ouvrent une fenêtre de tir sans précédent pour dénoncer de nouveau la loi «anti-gay» adoptée en juin 2012 en Russie, selon les défenseurs des droits de l’Homme et les organisations LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels, transsexuels). A deux jours de la cérémonie d'ouverture, des rassemblements sont prévus dans le monde entier contre cette loi, qui punit d’une amende pouvant atteindre 500.000 roubles (10.600 euros environ)  et de prison la «propagande» homosexuelle devant mineurs.

«C’est le moment de pousser les sponsors [des JO] à utiliser leur pouvoir économique, afin d'appeler à l’abrogation de ces lois discriminatoires», écrit l’ONG de défense LGBT All Out sur son site, les appelant à «sortir de leur silence sur les lois anti-gay russes». Elle organise des manifestations dans 19 villes du monde, de New York à Melbourne en passant par Paris et Saint-Pétersbourg pour la Russie - mais pas Sotchi.

Agressions homophobes

Vladimir Poutine avait promulgué cette loi controversée en juin 2012, ouvrant la voie à une vague d’agressions homophobes en Russie. Le texte avait suscité des appels au boycott des jeux Olympiques de Sotchi. En janvier 2013, Amnesty International avait dénoncé une loi «établi[ssant] une discrimination à l’égard des personnes LGBT», «aliment[ant] les discours homophobes» et «encourag[eant] la stigmatisation en entretenant l’idée que les enfants doivent être protégés contre l’homosexualité». L’ONG rappelait aussi que «certains défenseurs des droits des personnes LGBT [avaient] déjà été harcelés et agressés».

De son côté, le président américain Barack Obama a indiqué en septembre dernier qu’il n’avait «aucune patience pour les pays qui cherchaient à intimider ou nuire aux gays, lesbiennes ou les transsexuels». La délégation officielle des Etats-Unis se rendant aux JO, qu’il a dévoilée mi-décembre, a été perçue à cet égard comme un pied de nez à cette loi, puisqu’elle est composée de deux athlètes icônes de la lutte pour les droits des homosexuels.

Plus récemment encore, 27 lauréats du Prix Nobel ont écrit au président russe pour protester contre cette loi dans une lettre ouverte publiée le 14 janvier par le journal britannique Independent. «Cette lettre est destinée à montrer la solidarité de nombreux membres éminents de la communauté scientifique mondiale avec les personnalités politiques, les artistes, les sportifs et les autres qui ont déjà exprimé leur horreur face aux actions du gouvernement russe contre ses citoyens homosexuels», écrivent les signataires.

Nouveau projet de loi anti-gay

Malgré le tollé qu’elle a suscité, la Russie compte aller encore plus loin. Les députés doivent débattre dès ce mois-ci d’une nouvelle loi prévoyant de retirer leurs droits parentaux aux homosexuels en raison de leurs «relations sexuelles non traditionnelles». Ces débats sont censés se dérouler en même temps que les Jeux Olympiques.

Ces dernières années, l’intolérance envers les homosexuels s’est renforcée en Russie, où l’homosexualité était considérée comme un crime jusqu'en 1993 et comme une maladie mentale jusqu'en 1999. Selon un sondage de l’institut Vtsiom publié en juin dernier, 88% des Russes soutiennent l'interdiction de la «propagande» homosexuelle, et 54 % estiment qu’il faut punir l’homosexualité.