Expatriés français en Thailande : «On n'est pas vraiment rassurés»

TEMOIGNAGE Une Française expatriée à Bangkok raconte son quotidien depuis le début des troubles, en novembre dernier…

Manuel Pavard

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Manifestations à Bangkok en Thaïlande, le 16 janvier 2013.
Manifestations à Bangkok en Thaïlande, le 16 janvier 2013. — NICOLAS ASFOURI / AFP

Cécile (le prénom a été changé), enseignante française trentenaire, et son mari vivent à Bangkok depuis six ans. Le couple est aux premières loges face aux affrontements qui paralysent la capitale thaïlandaise depuis trois mois, entre les chemises rouges, partisans du gouvernement et de l’ancien premier ministre Thaksin Shinawatra, et les manifestants anti-gouvernementaux, qui réclament le départ de la première ministre Yingluck Shinawatra, sœur de Thaksin.

« Ca peut devenir extrêmement violent en quelques heures »

« Nous sommes habitués aux tensions, explique Cécile. En 2008, c’était les chemises jaunes (royalistes anti-Thaskin), en 2009 et 2010 les chemises rouges. En novembre 2013, les rouges se sont réunis dans un stade, près de chez nous, et la violence s’est vite propagée. Un de leurs bus a été attaqué par les opposants, il y a eu des coups de feu. On a dû fermer l’école, à côté, par sécurité. » Elle juge « totalement imprévisible » les manifestations à Bangkok : « Ça peut être très calme et devenir extrêmement violent en quelques heures. »

« Depuis novembre, les opposants occupent le quartier des ministères et depuis le 13 janvier, des carrefours stratégiques qui paralysent en partie la ville, ajoute-t-elle. On peut encore se déplacer en métro et train aérien mais plus en voiture. Les bombes qui explosent régulièrement obligent à rester éloigné des sites de manifestation. On évite ces zones le soir car c’est souvent là qu’ont lieu les incidents mais on les traverse parfois de jour. On n’est pas vraiment rassurés. Avant de se déplacer, il faut s’assurer que le quartier est accessible. Nous avons déjà dû fermer l'école trois jours, à chaque fois à la dernière minute. L'état d'urgence de la semaine dernière a engendré quelques check-points en ville. Je dois ouvrir mon sac et montrer que je n'ai ni arme ni bombe. »

Pour s’informer, Cécile et son mari « lisent assidûment la presse » 

et suivent « les infos de l’ambassade. Des amis ont remarqué que des articles postés sur Facebook disparaissaient parfois dans la minute. D'autres n'ont pas accès à certains journaux locaux en ligne pendant une journée complète. Ça sent un peu la censure. Et nous avons pour la première fois de gros problèmes de connexion en ce moment. »

« Samedi, je suis rentrée fissa à cause des coups de feu »

Samedi, la tension est montée d’un cran à Bangkok, à la veille des législatives.  « Malgré les instructions, nous sommes allés faire un tour dans les manifs samedi matin, raconte Cécile. Le cortège était bordé d’hommes munis de gilets pare-balles et talkies-walkies. Certains scannaient la foule avec des jumelles. On sentait les gens sur le qui-vive. En fin de journée, je suis rentrée fissa de mon cours de couture après un appel de mon mari qui m’a dit que des coups de feu étaient tirés dans une manif. J’étais entre deux sites de ralliement et, devant en traverser un troisième, je n’ai pas traîné. On a annulé un dîner en centre-ville avec des amis, le soir, et dimanche, on est resté tranquille à la maison. »