« L’après Niazov, une situation comparable à l’après Staline »

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Le président à vie du Turkménistan Saparmourat Niazov, qui dirigeait cette ex-république soviétique d'Asie centrale d'une main de fer depuis 21 ans, est décédé jeudi matin à 66 ans, laissant le pays dans l'incertitude, aucun successeur n'ayant été désigné.
Le président à vie du Turkménistan Saparmourat Niazov, qui dirigeait cette ex-république soviétique d'Asie centrale d'une main de fer depuis 21 ans, est décédé jeudi matin à 66 ans, laissant le pays dans l'incertitude, aucun successeur n'ayant été désigné. — Igor Sasin AFP/Archives

Olivier Roy, chercheur au CNRS et auteur de « La nouvelle Asie Centrale » (éd. du Seuil), analyse la situation du Turkménistan après la mort du dictateur Niazov

Le dictateur qui imposait un régime de typé féodal depuis 21 ans au Turkménistan, Saparmourat Niazov, est mort officiellement ce matin. Qui devrait être son successeur ?

Le problème, c’est qu’on en sait trop rien : tous les dauphins et successeurs potentiels ont été exécutés, mis en prison ou contraints à l’exil. Tout l’appareil du parti a été cassé et toute personne qui pouvait faire le poids intellectuellement a été neutralisée. Sheikh Mouradov, ancien ministre des Affaires étrangères, avait par exemple essayé de corriger les défauts du régime. Il avait alors été accusé de conspiration au début des années 2000 et jeté en prison où il est très vite mort mystérieusement. Niazov régnait donc sans partage sur le Turkménistan entouré d’une douzaine de fidèles. D’importantes rivalités et de fortes ambitions coexistent au sein de ce sérail. On devrait donc assister à une succession de coups feutrés pour prendre le pouvoir. Une situation comparable à celle qui, en URSS, avait suivi la mort de Staline.
Une deuxième hypothèse, moins vraisemblable, est l’implosion du régime lié aux tensions économiques et sociales accumulées depuis vingt ans. Pour résumer, le Turkménistan va se retrouver aux mains d’un sous-Niazov ou entrer dans une période d’anarchie.

Mais ces tensions que vous évoquez ne pourraient-elles pas déboucher sur une révolution démocratique ?

Il existe certes au sein de la population turkmène un sentiment d’opposition. Niazov n’était pas aimé puisqu’il se mettait directement dans la poche l’argent du gaz. L’une de ses dernières mesures a consisté à fermer tous les hôpitaux du pays sauf dans la capitale, Achgabat. Une mesure évidemment impopulaire. Mais l’opposition n’est absolument pas structurée et il n’y a jamais eu d’opposition politique réelle depuis l’accession à l’indépendance en 1991. Une révolution démocratique n’est pas donc pas possible à court terme.

La fin du régime Niazov et la période d’anarchie qu’elle risque d’ouvrir peuvent-elles avoir des conséquences sur les pays voisins ? La vacance du pouvoir va-t-elle aiguiser les appétits de puissances régionales extérieures ?

Non, la mort de Niazov ne va rien changer pour les pays voisins. Le Turkménistan a une population ethniquement homogène et peu de minorités étrangères y habitent. De plus, Niazov n’avait aucun partenaire privilégié extérieur et avait isolé le pays diplomatiquement.
Les deux principales puissances régionales, l’Iran et la Russie, ne s’intéressent pas particulièrement au Turkménistan. L’attention de Téhéran est focalisée sur la région du Golfe et les Perses, chiites, entretiennent des relations difficiles avec les Turkmènes, sunnites. La minorité russe, elle, a quitté le pays.

Quid des relations privilégiées entretenues entre Niazov et le groupe de BTP français Bouygues ?

Elle ne reposait que sur une relation très personnelle entre ses dirigeants et l’autocrate. C’en est donc fini de la période des palais majestueux à la gloire de Niazov construits par le groupe français.

Propos recueillis par Alexandre Sulzer