Ukraine: Kerry rencontre l'opposition, crainte d'une intervention armée

MONDE La contestation dure depuis deux mois en Ukraine...

avec AFP

— 

L'opposition ukrainienne a mis en garde les Européens contre une intervention "très probable de l'armée" contre les manifestants à Kiev qui protestent depuis plus de deux mois.  
L'opposition ukrainienne a mis en garde les Européens contre une intervention "très probable de l'armée" contre les manifestants à Kiev qui protestent depuis plus de deux mois.   — Christof Stache AFP

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry doit rencontrer samedi à Munich les dirigeants de l'opposition ukrainienne qui ont lancé une mise en garde contre une intervention «très probable» de l'armée pour mettre fin à une contestation qui dure depuis plus de deux mois.

Face à cette crise sans précédent qui inquiète de plus en plus à l'étranger, l'armée ukrainienne a exigé vendredi des mesures d'urgence, affirmant que l'escalade de la contestation menaçait «l'intégrité territoriale» de cette ancienne république soviétique.

En marge de la conférence internationale sur la sécurité à Munich, l'un des leaders de l'opposition ukrainienne, Arseni Iatseniouk, a mis en garde les Européens contre une intervention «très probable de l'armée» contre les manifestants.

>> Ukraine: Qui sont les opposants?
>> Portrait: Arseni Iatseniouk, leader phare de la contestation en Ukraine

Le chef de la diplomatie allemande Frank-Walter Steinmeier a appelé pour sa part le président ukrainien Viktor Ianoukovitch à «remplir ses engagements» devant l'opposition en jugeant que c'était «la seule chance de trouver une issue à la confrontation politique».

A Kiev, mettant davantage de pression sur l'opposition, les services spéciaux ukrainiens ont annoncé dans la nuit de vendredi à samedi avoir ouvert une une enquête pour «tentative de prise de pouvoir» après avoir examiné les serveurs saisis en décembre au siège du parti Batkivchtchina, la formation de l'opposante emprisonnée Ioulia Timochenko dirigée actuellement par Arseni Iatseniouk. De tels faits sont passibles d'une peine allant jusqu'à dix ans de prison.

Les militaires «essayent de nous intimider, mais en vain», a déclaré à l'AFP Arseni Iatseniouk, en marge de la Conférence de Munich sur la Sécurité, où il doit s'entretenir samedi en début d'après-midi avec John Kerry. Ce dernier rencontrera aussi d'autres dirigeants de l'opposition, dont l'ex-boxeur Vitali Klitschko.

Moscou contre l'encouragement des radicaux

Les Etats-Unis paraissent vouloir mettre leur poids dans la balance, rejoignant les Européens qui ont multiplié les missions de médiation et les déclarations ces deux derniers mois.

La Russie qui a joué un rôle clé pour convaincre le pouvoir ukrainien à renoncer à un accord d'association avec l'UE, une volte-face à l'origine de la contestation, a accusé samedi les Européens d'«encourager» les radicaux à Kiev.

«Qu'est-ce que l'incitation à la protestation violente a à voir avec la promotion de la démocratie?», a lancé à Munich le chef de la diplomatie Sergueï Lavrov.

La chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton a pour sa part annoncé qu'elle se rendrait à nouveau à Kiev la semaine prochaine pour tenter d'aider à résoudre le conflit qui a a fait au moins quatre morts et plus de 500 blessés et que les Européens craignent de voir dégénérer.

>> Ukraine: L'économie au coeur de la crise

La Maison Blanche s'est dite «atterrée» vendredi par les actes de torture qu'un opposant au pouvoir ukrainien, Dmytro Boulatov, a dit avoir subis pendant une semaine.

Evoquant «les informations de plus en plus nombreuses sur des opposants qui disparaissent, qui sont battus et torturés, ainsi que des attaques contre des journalistes», le porte-parole du président Barack Obama, Jay Carney, a jugé «particulièrement inquiétant» que certains cas semblent «montrer l'implication des forces de sécurité».

Dans ce contexte, l'amnistie promulguée vendredi par le président Ianoukovitch et entrée en vigueur samedi n'apparaît que comme un ultimatum donnant 15 jours à l'opposition pour quitter les lieux publics occupés, ce que les contestataires ont refusé d'emblée.

Un groupe d'oppoants radicaux, Pravy Sektor, a même menacé de revenir à des actions violentes contre les forces de l'ordre et le pouvoir en place si les opposants incarcérés n'étaient pas libérés et si des négociations entre pouvoir et opposition ne reprenaient pas.

Le président Ianoukovitch est officiellement depuis jeudi en «arrêt maladie» pour cause de «maladie respiratoire aiguë», dont on ignore dans quelle mesure il pourrait s'agir d'une affection «diplomatique». Pour un conseiller du président russe Vladimir Poutine, Sergueï Glaziev, qui dénonce un «coup d'Etat rampant» fomenté par les Etats-Unis et leurs alliés, Viktor Ianoukovitch doit «mater» la rébellion s'il ne veut pas perdre le pouvoir.

Répression cachée

Pour l'heure, c'est le récit de Dmytro Boulatov, un militant d'opposition de 35 ans enlevé le 22 janvier à Kiev et abandonné dans une forêt jeudi après avoir été torturé, qui a ému jusqu'à Washington et suscité des craintes de répression cachée.

Hospitalisé, le militant a été mis sur la liste de personnes recherchées par la police pour organisation de troubles massifs et assigné à résidence.

Plusieurs militants ont déjà été passés à tabac ou enlevés, et l'un d'entre eux a été retrouvé mort dans une forêt avec des marques de torture.

Une ONG a recensé 33 cas de disparitions d'opposants.