Battir, site palestinien historique menacé par la «clôture de sécurité» israélienne

PROCHE-ORIENT Ce petit village palestinien s’oppose à la construction de la barrière de sécurité israélienne qui menace ses terrasses agricoles antiques...

Bérénice Dubuc

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Des enfants palestiniens jouent dans les sources antiques du village de Battir, en Cisjordanie, le 17 juin 2012.
Des enfants palestiniens jouent dans les sources antiques du village de Battir, en Cisjordanie, le 17 juin 2012. — AFP PHOTO/MENAHEM KAHANA

Protéger un héritage millénaire. La Haute Cour de Justice israélienne examinait ce mercredi un recours contre le passage de la barrière de séparation en Cisjordanie, dont le tracé doit passer par Battir, village célèbre pour ses terrasses agricoles antiques, qui pourraient prochainement être classées par l’Unesco (Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture) au Patrimoine mondial de l’humanité. Sa décision d’accepter ou non la demande des habitants de Battir de changer le tracé du mur a été renvoyée à une date ultérieure non déterminée.

Le village de Battir, situé dans les Territoires palestiniens près de Bethléem, à quelques kilomètres au sud de Jérusalem, est bâti sur la pente d’une colline au cœur d’une végétation luxuriante, irriguée par un système de canaux de pierre construits par les Romains il y a 2.500 ans, et qui transporte l’eau des sources du village aux cultures en terrasse. Le site comprend également des ruines de civilisations disparues. La décision de l’Unesco doit être rendue en juin 2014. Mais entre-temps, la construction de la barrière de sécurité par Israël, entamée en 2002, pourrait infliger des dommages irréversibles au site. «La barrière détruira l’héritage naturel et culturel de Battir», selon Gidon Bromberg de l’ONG Les Amis de la Terre/Moyen-Orient, qui a présenté le recours. «Les experts internationaux et israéliens estiment que la zone mérite protection», ajoute-t-il.

Passages naturels

La «clôture de sécurité», comme la nomme Israël, est érigée le long de la frontière entre Israël et la Cisjordanie. Elle est aujourd’hui achevée aux deux tiers, et doit atteindre à terme environ 712km. Illégale au regard du droit international, elle a pour vocation de protéger la population israélienne de l’intrusion de terroristes palestiniens. Si ce «mur de l’apartheid», comme le nomment les Palestiniens, a contribué à réduire le nombre d’attaques et de victimes, selon le ministère de la Défense israélien, il est encore percé par endroits de passages naturels, comme à Battir, qui doivent être comblés. Une entreprise à laquelle s’attelle le ministère de la Défense depuis 2011, qui estime que «sa mission première et fondamentale» est «d’assurer la sécurité des citoyens d’Israël».

Mais, si le combat des villageois de Battir ressemble à celui de David contre Goliath, quelques raisons d’espérer subsistent. La justice israélienne a en effet déjà rejeté les différents tracés présentés par l’armée, lui ordonnant d’en présenter de nouveaux, et pourrait à nouveau le faire. De plus, fait inhabituel, le recours des Amis de la Terre/Moyen-Orient a reçu le soutien de l’Autorité israélienne des réserves et parcs naturels, pourtant dirigée par des partisans de la colonisation. L’Autorité a souligné que cette zone «spéciale et précieuse» devait être protégée dans l’intérêt commun, au nom de la protection de l’environnement et du site.