Etats-Unis: «Barack Obama a prononcé un discours de combat»

INTERVIEW Pour le spécialiste des Etats-Unis François Durpaire, le président américain est prêt à combattre le Congrès sur certains sujets, mais est plus prudent sur ceux où il pense pouvoir faire passer ses réformes...

Bérénice Dubuc

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Barack Obama semble avoir remporté une première bataille contre les parlementaires du Congrès américain qui tentent d'imposer de nouvelles sanctions contre l'Iran, une initiative qui torpillerait selon le président la voie diplomatique ouverte à Genève entre Téhéran et les grandes puissances.
Barack Obama semble avoir remporté une première bataille contre les parlementaires du Congrès américain qui tentent d'imposer de nouvelles sanctions contre l'Iran, une initiative qui torpillerait selon le président la voie diplomatique ouverte à Genève entre Téhéran et les grandes puissances. — Saul Loeb AFP

Le moment est venu d’agir, selon Barack Obama. Mardi, lors de son discours annuel sur l’état de l’Union, le président américain a souhaité «faire accélérer la croissance, renforcer la classe moyenne et créer des nouvelles passerelles vers la classe moyenne», exhortant le Congrès à agir et menaçant de se passer de son aval dans le cas contraire. «Un discours de combat», selon François Durpaire, spécialiste des Etats-Unis, maître de conférences à l’université de Cergy-Pontoise, et auteur de Histoire des Etats-Unis (Puf), alors que les Etats-Unis entrent dans une année électorale.

Obama peut-il tenir les promesses qu’il a faites devant le Congrès ? 

Mardi, le président américain a promis que l’année 2014 serait «une année d’action». Mais il a peut-être commis une imprudence dans la lignée de celle commise l’an dernier par le président français François Hollande lorsqu’il promettait d’inverser la courbe du chômage. Après une année 2013 catastrophique, où Obama n’a pu faire passer aucune réforme, les Américains ne manqueront pas de vérifier qu’il tient bien cette promesse d’action. D’autant plus que 2014 est une année électorale, les élections de mi-mandat ayant lieu dans 10 mois, en novembre.

Justement, l’augmentation du salaire horaire minimum ressemble fort à un appel du pied aux électeurs…

En effet. Selon un récent sondage du Pew Research Center, trois quarts des Américains (86 %) sont favorables à une hausse du salaire minimum. Mais, s’il a utilisé l’impératif — ce qui est rare dans un discours sur l’état de l’Union — pour exhorter le Congrès à agir sur le sujet, Obama n’a pas le pouvoir de le faire seul. La mesure concrète de hausse des salaires des sous-traitants de l’état fédéral qu’il peut unilatéralement décider ne touchera que quelques milliers de personnes.

Cette quasi-impossibilité à agir sans l’aval du Congrès explique-t-elle son discours très incisif ? 

Clairement, Barack Obama a prononcé mardi un discours de combat. Il a dit clairement qu’il était prêt à combattre le Congrès avec ses propres armes, comme par exemple lorsqu’il a souligné qu’il ne se priverait pas de bloquer le Congrès par un veto si les Congressmen s’avisaient de voter des sanctions pendant les négociations sur le programme nucléaire iranien. Cependant, s’il a été incisif sur certains sujets, il s’est montré plus prudent sur d’autres, notamment ceux où il pense pouvoir arriver à quelque chose, comme par exemple la question de l’immigration. Un projet de loi est en train d’être élaboré pour passer à la Chambre. Une réforme qui pourrait faire consensus, et qui pourrait permettre au président américain d’entamer 2014 sur une note positive.