La Libye condamne à mort six soignants étrangers

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« Absurde », « arbitraire », « terrifiante »... Les adjectifs ne manquaient pas hier pour qualifier la condamnation à mort par la justice libyenne des cinq infirmières bulgares et d'un médecin palestinien. Leurs avocats ont annoncé qu'ils feraient appel de la condamnation. La Cour suprême libyenne a désormais deux mois pour rendre son verdict. Les plaignants n'auront alors plus aucun recours. Soit ils seront condamnés au peloton d'exécution, soit la Cour décidera de mettre un terme à leur cauchemar judiciaire.

Cela fait sept ans maintenant que cinq infirmières bulgares et deux médecins, l'un bulgare, l'autre palestinien, se débattent avec la justice libyenne. Embauchés par l'hôpital pédiatrique de Benghazi en mars 1998, ils sont accusés en 1999 d'avoir sciemment inoculé le virus du sida à 426 enfants soignés dans cet hôpital. Aujourd'hui, 53 d'entre eux sont morts. Mais la vie des sept soignants – l'un des médecins a été condamné en 2004 à quatre ans de prison –, aussi, est brisée. François Cantier, qui préside l'association Avocats sans frontières, raconte que lors d'une récente audition les infirmières à bout de nerfs suppliaient en hurlant que soit mis un terme à leur calvaire. Vraisemblablement extorqués sous la torture, leurs aveux sont sans cesse agités par la justice libyenne comme preuve de leur culpabilité.

Mais les témoignages de personnes proches du dossier concordent : les sept accusés sont des boucs émissaires. Le professeur Luc Montagnier, découvreur du virus à qui la Fondation Kadhafi a commandé un rapport sur l'épidémie de l'hôpital Banghazi, affirme que « dans de nombreux cas, les enfants ont été infectés avant même que les accusés rejoignent l'hôpital ». Pour les experts de la Libye, nul doute qu'avec cette affaire le président Muammar Kadhafi se défausse du scandale. Nul doute non plus qu'il tente aussi de peser sur ses relations avec l'Union européenne. Les soignants étrangers sont en effet devenus une puissante monnaie d'échange.

Armelle Le Goff

Chronologie : 7 février 2000 Premier procès. 2 juin 2000 Les accusés affirment avoir été torturés. 16 juin 2001 La peine de mort est requise contre les soignants. 8 juillet 2003 Deuxième procès. 6 mai 2004 L'un des accusés est condamné à 4 ans de prison, les six autres à la peine capitale. 11 mai 2006 Ouverture d'un nouveau procès.