Ukraine: Le cadeau empoisonné du président à l’opposition

F.V. avec AFP

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Des manifestants anti-gouvernementaux sur une barricade à Kiev (Ukraine) le 24 janvier 2014.
Des manifestants anti-gouvernementaux sur une barricade à Kiev (Ukraine) le 24 janvier 2014. — Peter Nicholls/THE TIMES/SIPA

Qu’a proposé le président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, à ses adversaires de l’opposition?

Il a invité des membres de l’opposition à diriger le gouvernement. Il a ainsi proposé le poste de Premier ministre à Arseni Iatséniouk, chef de file au Parlement du parti de l’opposante emprisonnée Ioulia Timochenko. L’ancien boxeur Vitali Klitschko s’est quant à lui vu offrir la possibilité de devenir l’un des vice-Premiers ministres, chargé des Affaires humanitaires, un domaine au contour obscur.

Viktor Ianoukovitch s’est aussi dit prêt à discuter, via la formation d'un groupe de travail, d’une révision de la Constitution, qui concentre actuellement la plus grande partie des pouvoirs entre les mains du président. L’opposition demande un régime plus parlementaire.

Le président a ainsi semblé prendre l’opposition de court avec son plan de sortie de crise, annoncé à l’issue de négociations surprises dont personne n'attendait grand-chose après les maigres concessions obtenues lors des rencontres précédentes.

Comment a réagi l’opposition?

Les leaders de la contestation ont semblé dans un premier temps désarçonnés devant les manifestants sur la scène de la place de l’Indépendance. Ils ont appelé à poursuivre la mobilisation, leurs revendications n’étant pas satisfaites: convocation d’élections anticipées, abolition de lois anti-contestation adoptées le 16 janvier et libération de l’opposante Ioulia Timochenko.

Mais ils n'ont pas formellement refusé l’offre et le principal intéressé, Arseni Iatséniouk, a attendu le lendemain pour clarifier sa position. «Il n'y a pas d'accord», a-t-il écrit sur son compte Twitter.

L’ancien champion de boxe Vitali Klitschko a quant à lui jugé les propositions du président «empoisonnées». Elles visent à «diviser notre mouvement d'opposition», a-t-il dénoncé dans le journal allemand Bild am Sonntag.

Quelle est la stratégie du président avec cette apparente main tendue?

Il a placé ses adversaires, invités à diriger le gouvernement, dans une position délicate, s’affichant comme un homme de compromis sans satisfaire leurs exigences, selon des analystes. «La proposition de Ianoukovitch n'est qu’une manoeuvre destinée à diviser l’opposition et conserver le pouvoir», estime Andreas Umland, analyste à l'Académie Kiev-Mohyl, qui juge les mesures mises sur la table «pas sérieuses».

 «Cela ressemble à un jeu tactique, estime le directeur de l'Institut des stratégies internationales, Vadim Karasev. Ianoukovitch a montré aux Occidentaux sa volonté de trouver un compromis» tandis que «l’opposition a constaté que Ianoukovitch était prêt à partager le pouvoir», juge le spécialiste.

Selon le politologue Alexeï Garan, le chef de l’Etat et ses alliés pourraient aussi commencer à plier face à la détermination de la rue et la crainte de sanctions internationales. Il pourrait ainsi céder une partie de ses pouvoirs à un gouvernement d’opposition afin de finir son mandat comme prévu en 2015, voire partir sous conditions, comme l’assurance de ne pas être poursuivi par la justice.

De son côté, les manifestants ont accueilli froidement la proposition du président, dont ils réclament le départ. «Les gens ne sont pas là pour que l'opposition obtienne des postes», a confié à l’AFP Sergueï, un manifestant de 39 ans. S’estimant trahis par cette volte-face concernant le rapprochement vers l’Union européenne, les manifestants ont ensuite été scandalisés par le recours à la force contre les manifestants puis l’adoption de lois très dures contre toute contestation en janvier.