Ukraine: Soutenir ou non l’opposition, le dilemme de l’Europe

MONDE Après l’adoption en Ukraine de lois répressives limitant le droit de manifester, l’Union européenne doit-elle sanctionner le gouvernement de Viktor Ianoukovitch?...

Audrey Chauvet

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Des manifestants pro-UE le 20 janvier 2014, avec des bandeaux portant le message "help", à l'aide, devant la délégation européenne à Kiev en Ukraine
Des manifestants pro-UE le 20 janvier 2014, avec des bandeaux portant le message "help", à l'aide, devant la délégation européenne à Kiev en Ukraine — Yuriy Kirnichny AFP

Ils se battent pour se rapprocher de l’Europe mais celle-ci ne viendra peut-être pas à leur secours. L’entrée en vigueur ce mercredi de lois prévoyant jusqu’à cinq ans de prison pour les manifestants contre le gouvernement de Viktor Ianoukovitch risque d’ajouter de l’huile sur le feu dans la capitale, où les pro-européens s’affrontent violemment aux forces de l’ordre depuis plusieurs mois. Alors que l’Europe hésite à s’engager clairement dans un soutien à l’opposition, la Russie la rappelle au principe de non-ingérence.

Division sur les sanctions

Après les heurts des derniers jours dans les rues de Kiev, Catherine Ashton, la chef de la diplomatie européenne, a appelé à un «arrêt immédiat» des violences. Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a pour sa part déploré «l'usage de la force et les violences» et déclaré que l’Europe allait «évaluer de possibles actions», jugeant toutefois «prématuré» de définir de quelles actions il pourrait s’agir. Le gel des avoirs et des interdictions de visa contre les membres du gouvernement Ianoukovitch a été évoqué par certains élus européens.

Toutefois, cette idée est loin de faire l’unanimité parmi les membres de l’UE, et en particulier la France, qui reste très réservée sur le dossier ukrainien. Si François Hollande a exprimé mercredi en Conseil des ministres «sa très vive préoccupation» après les affrontements «de plus en plus violents» en Ukraine et l'adoption de textes dans ce pays restreignant «les libertés d'expression et de rassemblement», la diplomatie française est plutôt sur une ligne de refus des sanctions. «Si l’Europe prend des sanctions économiques contre l'Ukraine, ce ne sera pas le gouvernement ni les oligarques qui seront impactés mais les citoyens. D'autre part, cela ne fera que pousser l’Ukraine dans les bras de Moscou», confirme Philippe Migault, directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

L’Ukraine divisée entre Europe et Russie

Le risque serait de donner raison à la Russie, qui a dénoncé mercredi des «ingérences étrangères» dans les affaires de l'Ukraine. «Des parlementaires européens qui viennent soutenir les manifestants, c’est de l’ingérence», estime Philippe Migault, pour qui Moscou ne fait que «défendre ce principe de non-ingérence» en condamnant le soutien «indécent» apporté par certains gouvernements européens à l’opposition ukrainienne.

Les violents heurts qui opposent depuis dimanche les forces anti-émeutes et les manifestants dans le centre de Kiev ont coûté la vie à deux hommes ce mercredi. Depuis le refus par le gouvernement ukrainien de conclure l’accord d’association et de libre-échange proposé par l’UE en novembre dernier, les manifestations se sont muées en une véritable crise politique dans laquelle se joue l’avenir du pays : regarder vers l’Europe et accepter les règles financières du FMI ou rester sous le giron de Moscou, qui représente un quart des exportations de l’Ukraine et fournit le pays en gaz.