Islam: Pourquoi le sunnisme et le chiisme s’opposent-ils?

DÉCRYPTAGE e conflit millénaire qui oppose les deux principaux courants de l'islam -le sunnisme et le chiisme- continue chaque jour à avoir des répercussions sanglantes au Proche et au Moyen-Orient...

Bérénice Dubuc

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La grande mosquée de Paris située dans le 5e arrondissement de la capitale.
La grande mosquée de Paris située dans le 5e arrondissement de la capitale. — ALFRED/SIPA

Attentats au Liban, combats sanglants au Yémen, hausse du nombre de victimes d'attaques interconfessionnelles dans des attentats au Pakistan en 2013 et dans d’autres pays du Moyen-Orient (Irak et Syrie notamment)… Le conflit millénaire qui oppose les deux principaux courants de l’islam -le sunnisme et le chiisme- continue chaque jour à avoir des répercussions sanglantes. Quelles sont les différences entre ces deux branches de la même religion? Pourquoi s’opposent-elles? Eléments de réponse.

Quelles sont les différentes «branches» de l’islam?

Les trois principales branches de l’islam sont le sunnisme, le chiisme et le kharidjisme. Le sunnisme et le chiisme sont les deux principaux courants, représentant respectivement entre 80% et 15% des fidèles.

Pourquoi y a-t-il une scission entre sunnites et chiites?

A la mort du prophète Mahomet en 632, la question de sa succession n’est pas réglée. «Ceux qui deviendront les chiites estiment qu’il faut choisir son successeur dans sa lignée en désignant son cousin et gendre Ali, alors que ceux qui deviendront les sunnites pensent que Mahomet n’a pas désigné de successeur pour laisser volontairement le choix parmi ses compagnons», explique Laurence Louër, chargée de recherches Sciences Po-Ceri-CNRS.

Ces derniers l’emportent et Abou Bakr est nommé premier «calife» («successeur» en arabe). En 646, l'assassinat du troisième calife permettra finalement à Ali d'accéder au pouvoir. Il est à son tour assassiné en 661. Ce conflit de succession engendre une scission fondamentale au sein de l'islam: les chiites d’un côté, qui reconnaissent Ali comme premier successeur de Mahomet, les sunnites de l’autre, qui ne voient en Ali que le quatrième calife à qui succède la dynastie des Omeyyades.

Quelles sont les principales différences entre les deux courants?

«Le chiisme a une importante dimension messianique, qui est résiduelle dans le sunnisme», souligne Laurence Louër. La spécialiste explique que les chiites duodécimains (majoritaires) attendent le retour du douzième imam («guide» en arabe), qui a disparu en 874 de la vue des hommes pour revenir à la fin des temps et restaurer la justice et la vérité.

Sur le plan doctrinal aussi, les deux courants divergent: les chiites considèrent que les successeurs de Mahomet sont des guides politiques et religieux, qui ont accès au sens caché du message divin, alors que les sunnites considèrent que le calife est seulement doté de compétences politiques. Enfin, les pratiques religieuses diffèrent également, les chiites pratiquant par exemple des rituels de mortification pendant l’Achoura.

Quels sont les pays chiites et sunnites?

Les différents courants chiites -divisés selon la lignée des imams dont ils reconnaissent l’autorité- sont majoritaires en Iran, en Irak, au Liban, au Bahreïn et en Syrie. Cependant, un pays où une majorité de musulmans est chiite ou sunnite ne signifie pas pour autant que l’autorité politique est détenue par cette majorité.

Les monarchies du Golfe ont en effet toutes un pouvoir sunnite, les alaouites -branche dissidente du chiisme- du clan Al-Assad dirigent en Syrie, pays à majorité sunnite, et au Liban, les chiites doivent partager le pouvoir avec les autres groupes confessionnels (musulmans sunnites, druzes et chrétiens). «L’Iran est le seul pays où la religion d’Etat est le chiisme», rappelle Laurence Louër. En Irak, les chiites sont majoritaires et au pouvoir, mais la religion est l’islam.

La rivalité entre sunnisme et chiisme s’incarne depuis la révolution iranienne de 1979 dans l’opposition entre les deux grandes puissances de la région: Arabie Saoudite et Iran, respectivement soutenues par l’Occident pour la première et un axe russo-chinois pour la seconde.