Ukraine: Affrontements après une manifestation à Kiev

CONFLIT Près de 200.000 personnes avaient afflué et protesté de manière pacifique, bravant l'interdiction de toute manifestation dans le centre de Kiev jusqu'au 8 mars, et les nouvelles lois qui introduisent ou renforcent les sanctions à l'encontre des manifestants...

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Des manifestants s'opposent violemment à la police à Kiev, le 19 janvier 2014.
Des manifestants s'opposent violemment à la police à Kiev, le 19 janvier 2014. — AFP PHOTO / SERGEI SUPINSKY

Des affrontements ont  éclaté ce dimanche à  la fin d'une  manifestation à Kiev qui a rassemblé  près de 200.000  opposants  pro-européens venus défier les autorités  après l'adoption de  nouvelles  lois renforçant les sanctions contre les  contestataires. L'ambassade des  Etats-Unis en Ukraine a appelé à la cessation des violences et demandé au gouvernement  d'engager des négociations pour sortir de l'impasse actuelle.

Alors que le rassemblement sur la place de  l'Indépendance,  aussi  baptisée Maïdan, touchait à sa fin, plusieurs  centaines de   manifestants, certains portant des foulards ou encore des  cagoules, ont   tenté de franchir un cordon de policiers à quelques  encablures de la   place pour se rendre vers le Parlement et se sont  emparés de fourgons  de  police. Ils ont mis le feu à deux d'entre eux et  lançaient des   pierres et des fumigènes sur les forces de l'ordre.

Celles-ci  répondaient par du gaz lacrymogène, des grenades   assourdissantes et des  coups de matraque. Près de trois heures après le  début des  affrontements, la  police a employé des canons à eau, par  une  température de -7°, sans pour  autant parvenir à disperser les   protestataires, selon des témoins  interrogés par l'AFP. La police de  Kiev a toutefois indiqué «ne pas  avoir  d'information sur la présence  de canons à eau sur place» et  affirmé  qu'un véhicule anti-incendie  avait été utilisé pour éteindre le  feu sur  un des bus.

Gaz lacrymogènes contre jets de pierre

Plus de 20 policiers ont été blessés, a  indiqué dans la  soirée le  ministère de l'Intérieur. Au moins neuf  manifestants l'ont  aussi été,  selon un correspondant de l'AFP. Le boxeur et leader de l'opposition  Vitali  Klitschko a appelé  au calme et demandé au président Viktor  Ianoukovitch  de «rappeler la  police».

«Je m'adresse au président Ianoukovitch:  trouvez en vous la  force  nécessaire et ne risquez pas de connaître le  sort de Ceaucescu et   Kadhafi», a-t-il dit, en référence aux dictateurs  roumain et libyen  tués  par leurs adversaires. «La violence ne mène à rien sauf au bain de   sang», a pour sa  part déclaré aux manifestants Arseni Iatseniouk,   responsable du parti de  l'opposante emprisonnée Ioulia Timochenko,   appelant à ne «pas céder aux  provocations».

Auparavant, près de 200.000 personnes avaient  afflué et  protesté de  manière pacifique sur Maïdan, bravant  l'interdiction de  toute  manifestation dans le centre de Kiev jusqu'au 8  mars, et les  nouvelles  lois promulguées vendredi par Viktor Ianoukovitch  qui introduisent  ou  renforcent les sanctions à l'encontre des  manifestants.

Des dizaines de personnes portaient sur la  tête des  casseroles, des  passoires ou encore des boîtes en carton, ou  avaient  revêtu des  masques de carnaval, en signe de dérision face à  l'une des  nouvelles  lois qui punit les personnes manifestant avec un  masque ou un  casque  sur la tête. «Nous déclarons illégale la nouvelle législation adoptée», a  déclaré M. Klitschko depuis une scène installée sur la place.

«Législation illégale»

«Le Parlement a perdu sa légitimité, cela  signifie que nous  devons  créer un conseil du peuple parmi les hommes  politiques  d'opposition», a  de son côté dit Arseni Iatseniouk. Les responsables ont toutefois été  sifflés  par la foule,  celle-ci reprochant aux opposants de ne pas  avoir de plan  d'action et de  manquer d'un véritable leader.

Le mouvement de contestation avait réussi à  mobiliser des  centaines  de milliers de personnes en décembre après le  refus du  président  Viktor Ianoukovitch de signer un accord  d'association avec  l'Union  européenne au profit d'un rapprochement avec  la Russie. Mais il s'est  un peu essoufflé quand Kiev a  signé le 17  décembre avec Moscou des  accords économiques qui prévoient  un crédit de  15 milliards de dollars  à l'Ukraine et la baisse d'un  tiers du prix du  gaz russe.

«Il faut passer à des actions plus décisives», a déclaré à l'AFP  Rouslan Kochevarov, un étudiant. «Nous espérons qu'après le meeting les  gens  ne se rendront  pas, bien que bon nombre d'entre eux se demandent   pourquoi se rassembler  à l'avenir si après deux mois de protestations   il n'y a pas de  résultat», a-t-il ajouté. L'adoption des nouvelles  lois semble toutefois avoir mobilisé plus de gens que lors des dernières  manifestations.

Les textes, votés à main levée en plein chaos  au Parlement,   prévoient des peines de prison de 15 jours pour  l'installation   non-autorisée de tentes ou d'estrades dans des endroits  publics et   jusqu'à cinq ans de prison pour les personnes bloquant des  bâtiments   officiels. Un autre texte oblige les ONG bénéficiant de  financements   occidentaux à s'enregistrer en tant qu'«agent de  l'étranger», à l'image   d'une loi adoptée en 2012 en Russie. Les Occidentaux ont mis en garde  les autorités ukrainiennes contre ces textes.