Syrie: Pourquoi il y a un afflux de combattants français en Syrie

MONDE Et ce phénomène est-il si dangereux?...

Maud Pierron

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Des combattants de l'Armée syrienne libre à Alep, en Syrie, le 12 mars 2013.
Des combattants de l'Armée syrienne libre à Alep, en Syrie, le 12 mars 2013. — TOMADA SEBASTIANO/SIPAUSA/SIPA

D’après Manuel Valls, près de 250 Français ou personnes résidant en France combattent en Syrie, une centaine sont en transit pour s'y rendre, 150 ont manifesté leur volonté de s'y rendre et 76 en sont revenus. Et cela «s’est accéléré ces dernières semaines», avec douze mineurs qui y sont ou ont tenté de s’y rendre, parmis lesquels, les deux jeunes toulousains dont le père a tiré la sonette d'alarme vendredi dernier. «Le phénomène m'inquiète, le mot est faible», a déclaré dimanche le ministre de l’Intérieur sur Europe 1, parlant du «plus grand danger auquel nous devons faire face dans les prochaines années». Et notamment lors de leur «retour» qui est «particulièrement délicat», après avoir combattu avec les djihadistes de l’opposition syrienne.

Pas le même profil que les djihadistes en Afghanistan

«C’est un postulat », tempère Mathieu Guidère, professeur à l’université de Toulouse 2 et spécialistes de l’islam radical. «Dans l’absolu, que des gens partent dans des zones de combats est un problème. Reste à prouver qu’ils sont des dangers et qu’ils vont s’attaquer à la France ou aux intérêts français», explique-t-il. Car souligne-t-il, le conflit syrien, une guerre civile avant tout, n’a rien à voir avec l’Afghanistan ou l’Irak, car il n’y a pas la dimension du «conflit religieux, ni un conflit d’occupation par un pays occidental». Et le spécialiste de la veille de l’islam radical d’ajouter: «Aucun n’a exprimé d’animosité vis-à-vis de la position de la France, qui a dit qu’elle veut le départ de Bachar al-Assad. Il y a le sentiment que sur ce dossier, la France fait ce qu’elle peut même si ce n’est pas assez.»

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Du coup, le profil des volontaires au combat n’a rien de commun avec ceux qui ont pu vouloir faire le djihad en Afghanistan ou Irak. Ce sont des jeunes, «maximum 35 ans, qui ont un idéal humaniste. Ce ne sont pas des voyous, ni des personnes islamisées, mais des gens qui veulent agir», indique le chercheur, bien qu’à la marge, certains semblent avoir été endoctrinés. De même, Mathieu Guidère ne croit pas qu’il existe des filière de recrutement réellement organisées. «C’est de l’autoradicalisation qui passe par les réseaux sociaux. Les vidéos de combats, de tortures ou de massacres créent un sentiment de révolte, les jeunes se disent: pourquoi on ne réagit pas alors que cela apparaît comme une cause juste».

Très simple d’aller en Syrie

Et si le phénomène s’est «accéléré ces dernières semaines», comme l’a noté Manuel Valls, c’est parce que la situation «présente un paradoxe arrivé au paroxysme:  le sentiment que non seulement les pays occidentaux ne font rien mais qu’en plus ils laissent l’opposition s’entretuer» après une brève période d’agitation diplomatique, analyse Mathieu Guidère. Les massacres à l’arme chimique, attribués au régime de Bachar al-Assad, ont notamment laissé des traces. Autre fait qui explique l’ampleur du phénomène: se rendre en Syrie présente peu de difficulté, il suffit d’avoir une carte d’identité pour aller jusqu’en Turquie et il est ensuite bon marché et aisé de franchir les 800km de frontière avec la Syrie, tenue par les rebelles.

Reste qu’une fois sur le terrain, en Syrie, «seule l’opposition islamisée, djihadiste, les accueille, car l’opposition laïque refuse par peur de représailles diplomatiques des pays occidentaux», insiste Mathieu Guidère. D’ailleurs, certains jeunes hommes, il les évalue à une trentaine, sont revenus de Syrie  sans avoir combattu… faute d’avoir trouvé un «groupe islamisé pour combattre». Il insiste bien: «à leur départ, ce ne sont pas djihadistes mais de fait sur place, ils deviennent djihadistes en combattant avec eux, mais pour autant, il n’y a pas le temps pour l’endoctrinement. Beaucoup reviennent désabusés». Pour autant, Manuel Valls a annoncé qu’il allait présenter une série de propositions pour lutter contre les radicalisations.