La France et la communauté internationale face au défi humanitaire de la Centrafrique

Alexandre Sulzer

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Des civils centrafricains dans un camp de déplacés à proximité de l'aéroport de Bangui, le 15 janvier 2014.
Des civils centrafricains dans un camp de déplacés à proximité de l'aéroport de Bangui, le 15 janvier 2014. — AFP PHOTO ERIC FEFERBERG

Lundi sera une journée importante pour la République centrafricaine (RCA). Sur le plan politique, un nouveau président de transition doit être élu par un conseil national de transition. Sur le plan militaire, un conseil des ministres des Affaires étrangères à Bruxelles doit décider de l’envoi d’environ  500 soldats européens en renfort sur place. Reste un autre volet que le quai d’Orsay ne veut pas faire oublier: l’humanitaire. Selon les autorités diplomatiques françaises, la RCA traverse une «très grave crise» alors que plus de 15% de la population a fui son domicile, que 30% est en «insécurité alimentaire», que seuls 20% des services de santé sont fonctionnels et que la quasi-totalité des médecins et infirmiers ont quitté le pays.

Pour répondre à l’urgence – les besoins sont évalués à 450 millions de dollars pour les trois prochains mois – la commissaire européenne à la coopération internationale et à la gestion de crise Kristina Georgieva et la secrétaire générale adjointe de l’Onu en charge des affaires humanitaires, Valerie Amos, réunissent lundi les bailleurs internationaux. La France y sera représentée par Pascal Canfin, le ministre délégué au Développement. Selon nos informations, il devrait annoncer la participation financière de la France à hauteur d’environ 40 millions de dollars, soit près de 10% des besoins. Une enveloppe qui englobe 10 millions d’euros déjà annoncés par Laurent Fabius à la fin de l’année 2013.

Un «risque d’insécurité alimentaire grave»

 Près de la moitié de cette somme sera consacrée à l’aide alimentaire, le reste l’étant au logement, l’aide médicale mais aussi l’assainissement, l’entraide confessionnelle ou le paiement des fonctionnaires, étape nécessaire à un retour sécuritaire à la normale.

«Il existe un risque d’insécurité alimentaire grave, confie Pascal Canfin à 20 Minutes. A cause de la situation politique, les paysans n’ont pas planté ni récolté.»  «La population musulmane ayant largement fui vers le Tchad ou le Nord du pays, l’approvisionnement en vivres devient limité. C’est en effet cette communauté qui assurait l’essentiel du commerce et des transports en RCA», ajoute une source diplomatique alors que l’ambassadeur de France à Bangui, Charles Malinas, constate que les «voies de communication, notamment la route du Cameroun, sont difficilement praticables à cause des barrages des “coupeurs de routes”».

En ce qui concerne le camp de réfugiés de l’aéroport de Bangui, où s’entassent 100.000 personnes dans une situation de précarité extrême, «on commence à voir le bout du tunnel», assure Pascal Canfin qui compte aussi sur le sommet de l’Union africaine le 1er février à Addis-Abeba pour que la communauté internationale puisse réunir les 450 millions de dollars espérés.  Mais humanitaire et politique ne sont jamais éloignés. «L’efficacité de l’aide humanitaire dépendra des résultats de l’élection du président centrafricain lundi, met en garde Charles Malinas. Si le chef de l’Etat travaille et relance la machine étatique, cette aide arrivera de façon plus ordonnée.»