Tragédie d'In Amenas: «Il y a tellement de zones d'ombre, de questions qui m’empêchent de dormir»

Bérénice Dubuc

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Le site gazier d'In Amenas en Algérie
Le site gazier d'In Amenas en Algérie — Kjetil Alsvik/AP/SIPA

Un an après l’attaque meurtrière, qui s'est soldée par la mort de 38 otages, sur le complexe gazier de Tiguentourine, dans la région d'In Amenas, en Algérie, de nombreuses questions -quant à la sécurité du site et à l'intervention de l'armée algérienne notamment- demeurent.

Murielle Ravey, «medic» (infirmière responsable des urgences) du site, était la seule femme expatriée à In Amenas, et a réussi à fuir au sein d'un groupe au deuxième jour de l'attaque. Elle raconte l’«enfer» qu’elle a vécu dans le livre 25:00 In Amenas, Histoire d'un piège (Ed. La Martinière), co-signé avec le journaliste Walid Berrissoul.

Pourquoi avez-vous écrit ce livre?

Pour plusieurs raisons. L’histoire a disparu très rapidement des écrans, et je craignais qu’elle ne tombe dans l’oubli, alors que les familles des victimes, comme les survivants, sont toujours dans l’incompréhension et à la recherche de réponses. Ce livre, c’était un moyen de remettre en avant ce qui s’est passé et aussi de rendre hommage à ceux qui ont été assassinés, car ils n’étaient pas seulement des collègues, ils étaient mes amis. Raconter cette attaque terroriste, c’était aussi un moyen de rappeler que l’islam, ce n’est pas ces fous dangereux, mais ces collègues algériens qui nous ont cachés et aidés à fuir.

De plus, après être sortie de cet enfer et avoir discuté avec d’autres survivants, je me suis rendu compte que plusieurs événements, intervenus avant l’attaque et auxquels on n’avait pas prêté attention à l’époque, pouvaient suggérer qu’il y avait un risque d’attaque terroriste. Toutes ces petites choses mises bout à bout m’ont amenée à me questionner. Avec Walid Berrissoul, nous voulions donner ces informations, et aussi demander au gouvernement français de faire quelque chose.

Une information judiciaire contre X a d’ailleurs été ouverte par le parquet de Paris début janvier…

C’est une bonne nouvelle, même si ce n’est pas à cause du livre. Une enquête préliminaire avait déjà été ouverte l’an dernier, mais le gouvernement algérien n’avait pas collaboré avec les enquêteurs français de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI). Depuis, le FBI a transmis aux enquêteurs français les interrogatoires des trois terroristes faits prisonniers après l’attaque. Ces pièces devraient amener des informations pour expliquer comment une telle attaque a été possible, comment cela a été organisé…

Des réponses à ces questions pourraient vous aider à tourner la page?

Il y a tellement de zones d'ombre, de questions qui m’empêchent de dormir. Par exemple, comment des terroristes très lourdement armés ont pu circuler dans le désert pendant plusieurs jours sans être inquiétés, alors qu’une zone aussi sensible est hyper-surveillée, alors que les informations faisaient état d’un danger croissant, et alors que l’armée française venait d’intervenir au Mali?

J’ai l’espoir que la justice des différents pays concernés par cette tragédie internationale puissent collaborer pour permettre d’arrêter Al-Qaida, et que l’Algérie -directement concernée de par sa place au sein de la région- aide à éradiquer le terrorisme.