Egypte: Un attentat au Caire perturbe le référendum constitutionnel ce mardi

MONDE Les Egyptiens sont appelés à se rendre aux urnes...

avec AFP

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Les électeurs égyptiens commencent mardi à voter pour le référendum constitutionnel, un scrutin considéré comme un plébiscite pour le chef de l'armée qui a destitué l'islamiste Mohamed Morsi, et déjà perturbé par un attentat au Caire.
Les électeurs égyptiens commencent mardi à voter pour le référendum constitutionnel, un scrutin considéré comme un plébiscite pour le chef de l'armée qui a destitué l'islamiste Mohamed Morsi, et déjà perturbé par un attentat au Caire. — Mohamed el-Shafed AFP

Quelque 53 millions d'Egyptiens sont appelés aux urnes ce mardi et mercredi pour approuver une nouvelle Constitution, un référendum s'apparentant à un plébiscite pour le chef de l'armée qui a destitué en juillet le président islamiste Mohamed Morsi.

Un attentat à la bombe artisanale a visé ce mardi matin un tribunal du Caire, sans faire de mort ni de blessé, deux heures avant l'ouverture des bureaux de vote pour un référendum constitutionnel, a indiqué à l'AFP un responsable du ministère égyptien de l'Intérieur.

Après l'explosion, des dizaines de personnes se sont rassemblées devant le tribunal, brandissant des photos du général Abdel Fattah al-Sissi, vice-Premier ministre, ministre de la Défense, chef de l'armée et véritable homme fort du pays.

Une répression implacable

Le général Abdel Fattah al-Sissi a déclaré trois jours avant le scrutin qu'il se présenterait à la présidentielle prévue en 2014 si le «peuple le réclame» et si l'armée soutient sa candidature.

Il a prononcé ces mots samedi après avoir appelé les Egyptiens à se rendre «massivement» aux urnes voter «oui» pour la nouvelle Constitution. Celle-ci a été rédigée par une commission nommée par le gouvernement intérimaire que le général avait mis en place dès le 3 juillet après avoir annoncé la destitution et l'arrestation de Morsi, premier président civil et le seul à jamais avoir été élu démocratiquement en Egypte.

De plus en plus d'attentats

Depuis, fort du soutien d'une large majorité de l'opinion publique, le pouvoir dirigé de facto par l'armée réprime implacablement et dans le sang les partisans de Mohamed Morsi, en particulier son influente confrérie des Frères musulmans.

Leurs rangs ont été décimés dans les manifestations ces six derniers mois ou emprisonnés par milliers, et les Frères ont appelé à boycotter le référendum, mais certains continuent de protester quotidiennement dans la rue, en petit nombre. Plus d'un millier de manifestants ont été tués depuis la destitution de Morsi.

Les attentats se sont multipliés, y compris au Caire, revendiqués par des mouvements djihadistes alliés à Al-Qaïda mais le gouvernement accuse les Frères musulmans d'en être à l'origine et a décrété la confrérie «organisation terroriste».

Scrutin sous haute surveillance

Pour assurer la sécurité du scrutin mardi et mercredi, le gouvernement intérimaire a annoncé le déploiement de 160.000 soldats et 200.000 policiers dans tout le pays. Les bureaux de vote ouvriront à 9h (07H00 GMT).

Certaines organisations de défense des droits de l'Homme dénoncent un scrutin organisé dans un climat de peur et de répression de toute opposition, mais la très grande majorité de la population soutient le nouveau pouvoir et n'a d'yeux que pour le général Sissi, dont les portraits ornent les rues et presque chaque boutique au Caire.

Lorsqu'il a annoncé la destitution de Morsi le 3 juillet, il a invoqué les millions de manifestants réclamant trois jours plus tôt le départ du président qu'ils accusaient de vouloir islamiser de force la société égyptienne et de ruiner une économie déjà exsangue.

Mesurer la popularité de Sissi

Puis le général Sissi avait aussitôt donné mandat au gouvernement intérimaire de changer la Constitution et d'organiser en 2014 des élections législatives et présidentielle. Cette dernière devrait intervenir dans les six mois.

Pour les experts, le nouveau pouvoir voit dans ce référendum un premier moyen d'obtenir une caution dans les urnes pour ce que ses détracteurs présentent comme un «coup d'Etat» mais dont l'armée assure qu'il répondait à un ras-le-bol populaire massif à l'égard de Frères musulmans accaparant sans partage le pouvoir depuis un an.

«Ils ont besoin d'un vote populaire de confiance clair, qui permettrait au général Sissi de se présenter à la présidentielle s'il le décidait», estime Andrew Hammond, expert au European Council on Foreign Relations. Le référendum est un «test» pour l'ordre post-Morsi, qui permettra également de mesurer «la popularité de Sissi», renchérit Issandr El Amrani, directeur du projet Afrique du Nord d'International Crisis Group. D'ailleurs, note-t-il, le scrutin de mardi et mercredi «est explicitement présenté de cette façon par l'élite au pouvoir».

Le projet de nouvelle Constitution a été débarrassé de clauses ajoutées sous Morsi renforçant les devoirs religieux mais ne modifie que très marginalement les pouvoirs institutionnels, notamment ceux du président. Il renforce cependant quelque peu ceux, déjà exorbitants, de l'armée.