Haïti tente de garder ses «cerveaux» pour se reconstruire

MONDE Quatre ans après le séisme, l'île relève peu à peu les défis de la reconstruction, en cherchant notamment à empêcher la fuite des professionnels aptes à contribuer à son développement...

Bérénice Dubuc

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Le drapeau haïtien flotte devant le palais présidentiel à Port-au-Prince, le 19 avril 2011.
Le drapeau haïtien flotte devant le palais présidentiel à Port-au-Prince, le 19 avril 2011. — AFP PHOTO/Thony BELIZAIRE.

Des avancées, mais toujours un travail important à réaliser. Ce dimanche marquera le quatrième anniversaire du séisme d’une magnitude de 7,3 degrés sur l'échelle de Richter qui a frappé Haïti, faisant quelque 200.000 morts. Si d'importants progrès ont été réalisés, le défi de la reconstruction (logement,  administration…) n’est pas encore relevé.

«Quatre ans après le séisme, 89% des 1,5 million de personnes déplacées ont été relogées. 145.000 sont toujours dans des camps, dont beaucoup sont des sites informels installés sur des terrains publics mais aussi privés, et 78.000 personnes sont menacées d'expulsions forcées», énumère Maude Morin, responsable des programmes de l’ONG Care France en Haïti.

Nombreux défis structurels

Les avancées sont bien présentes, mais il y a encore beaucoup de travail à réaliser en matière de reconstruction, et de nombreux défis structurels subsistent. «L’île connaît toujours un déficit de gouvernance politique et la tension y est très présente» En effet, si une élection présidentielle a eu lieu en 2011, les maires en place sont hors mandat car les scrutins n’ont pas encore eu lieu. De plus, le gouvernement rencontre des difficultés à consolider son pouvoir, même si l’Etat haïtien s’investit de plus en plus pour élaborer des stratégies globales.

Et, pour relever ces défis et accélérer son développement, Haïti a besoin de toutes ses forces. Or, elle est depuis longtemps confrontée à la fuite de ses «cerveaux». «C’est un des drames majeurs de l’enseignement supérieur haïtien», explique Bernard Cerquiglini, recteur de l'Agence Universitaire de la Francophonie (AUF), qui a vocation à former des professionnels aptes à contribuer au  développement de leur pays. Depuis 25 ans, l’AUF œuvre depuis son bureau de Port-au-Prince pour faire émerger une nouvelle génération d’enseignants, de chercheurs, d’experts, acteurs du développement, essentiels aujourd’hui à la reconstruction et au développement de l’île.

Collège doctoral et campus numériques

«Il nous faut lutter pour que la formation se fasse sur place», martèle Bernard Cerquiglini. Et de détailler les moyens mis en œuvre pour reconstruire et moderniser l’enseignement supérieur en Haïti. «Avant le séisme, il était impossible de soutenir une thèse ici. Tous les thésards partaient à l’étranger pour le faire, et combien revenaient? Aujourd’hui, nous avons créé un collège doctoral où les jeunes Haïtiens suivent des cours de méthodologie, des séminaires… » Autre nouveauté : la mise en place de quelque 17 campus numériques permettant l’enseignement à distance.

Selon les remontées des recteurs des universités haïtiennes, la diaspora haïtienne, qui s’est mobilisée financièrement après le séisme, commence à revenir au pays. Les Haïtiens qui enseignaient aux Etats-Unis ou au Québec acceptent ainsi de revenir donner des cours dans leur pays d’origine. «C’est aussi pour cela qu’il est important de moderniser les installations: savoir qu’ils vont trouver en Haïti des conditions de travail similaires à celles qu’ils connaissent à l’étranger peut les inciter à revenir.»

Les bourses aussi permettent de garder ou de faire revenir les cerveaux Haïtiens. Bernard Cerquiglini explique qu’elles sont aujourd’hui plutôt délivrées aux niveaux mastère et post-doc. «Nous voulons créer les conditions pour que les jeunes haïtiens trouvent qu’il vaut mieux rester en Haïti, car on est toujours mieux dans son pays.» Surtout quand ce dernier à besoin de compétences pour se reconstruire.