Le «bridgegate», ce scandale qui pourrait ruiner l'ambition présidentielle de la star montante républicaine Chris Christie

ETATS-UNIS Le gouverneur du New Jersey a présenté ses excuses, jeudi, jurant qu'il n'avait pas personnellement ordonné le blocage d'un pont pour se venger d'un élu démocrate...

Philippe Berry

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Le gouverneur républicain du New Jersey, Chris Christie, lors d'une conférence de presse, le 9 janvier 2014.
Le gouverneur républicain du New Jersey, Chris Christie, lors d'une conférence de presse, le 9 janvier 2014. — M.ZELEVANSKY/AFP/GETTY

Christie, c'est fini? Le charismatique gouverneur républicain, qui ne cachait pas vraiment son ambition présidentielle, se trouve empêtré dans le «bridgegate», un scandale politique local qui semble tout droit sorti de la série américaine «Boss», entre trafic d'influence et vengeance puérile. Welcome to Jersey.

«Je viens ici aujourd'hui pour présenter mes excuses. Je suis embarrassé et humilié par le comportement de certains membres de mon équipe. Je ne savais pas, je n'ai été aucunement impliqué», a-t-il juré, jeudi, lors d'une conférence de presse. Ces derniers jours, une série d'emails publiés par la presse américaine a révélé qu'une de ses proches collaboratrices avait fait bloquer un pont new-yorkais, visiblement pour se venger d'un maire démocrate qui avait refusé de soutenir Christie.

Dénonçant un comportement «abject et sans cœur», Christie a remercié Bridget Anne Kelly. Reste à voir si ce fusible suffira à protéger ce gouverneur populiste adepte du franc-parler, facilement réélu cet automne dans un Etat pourtant plutôt démocrate.

«C'est l'heure de créer des problèmes de circulation»

L'été dernier, Christie drague avec insistance Mark Sokolich, le maire démocrate de Fort Lee, pour obtenir son soutien et parfaire son image de candidat modéré capable de rassembler au-delà des clivages partisans, comme lorsqu'il s'était affiché avec Barack Obama lors de l'ouragan Sandy. Sokolich refuse.

Le 13 août, Bridget Anne Kelly, secrétaire générale adjointe de son administration, envoie un email à David Wildstein, un cadre des autorités portuaires nommé à son poste... par Christie, avec qui il est allé au lycée. «C'est l'heure de créer des problèmes de circulation à Fort Lee», écrit, elle. «Bien reçu», répond-il.

«Ce petit Serbe»

Le 10 septembre, Wilstein fait fermer deux des trois voies d'accès au pont George Washington, une artère majeure qui relie le New Jersey à Manhattan, officiellement pour une étude sur la circulation. Pendant quatre jours, cette fermeture provoque des bouchons monstres, retardant l'intervention de quatre ambulances. Une femme de 91 ans meurt notamment après un arrêt cardiaque. Le retard est mentionné par l'hôpital, mais pas listé comme cause du décès.

Le maire de Fort Lee, lui, contacte les autorités portuaires pour se plaindre, expliquant que ses enfants ne peuvent pas arriver à l'heure à l'école. Quelques minutes plus tard, deux personnes non identifiées, échangent ces SMS:

- «Ai-je tort de sourire ?», écrit l'une.

- «Non», répond l'autre.

- «Je me sens mal pour les enfants», poursuit la première personne.

- «Ce sont les enfants des électeurs de Buono», répondu son interlocuteur, en référence à l'adversaire démocrate de Chris Christie dans l'élection au poste de gouverneur du New Jersey.

Plus tard, Wilstein écrit au directeur de campagne de Christie et appelle notamment Sokolich, d'origine croate, «ce petit Serbe». Le 13 septembre, un supérieur de Wilstein ordonne la réouverture des voies, expliquant qu'elle «pose un danger et menace la crédibilité» de l'agence.

Une enquête ouverte

Depuis cinq mois, Sokolich accuse régulièrement Christie de s'être livré à une vendetta personnelle. Ce dernier a toujours juré que son administration n'était pas impliquée, jusqu'à la publication des emails.

Une enquête préliminaire a été ouverte. Pour l'instant, trois personnes ont sauté: Kelly, Wilstein et un autre carde des autorités portuaires. Tous les yeux sont désormais braqués sur Chris Christie, régulièrement accusé par ses adversaires de se comporter comme comme une terreur des bacs à sable. Il est loin le temps où son problème numéro un était son tour de taille.