La ville de Sotchi, qui accueille les JO d'hiver de 2014.
La ville de Sotchi, qui accueille les JO d'hiver de 2014. — M. MARMUR / AFP

DÉCRYPTAGE

Sotchi 2014: Comment la Russie veut garantir la sécurité des Jeux olympiques

e système de sécurité très strict élaboré par les Russes a coûté 1,4 milliard d'euros, mais risque d'aiguiser les appétits des terroristes, qui ont un objectif de visibilité médiatique...

C’est la question que se pose toute la planète avant chaque grande compétition internationale, et a fortiori quand il s’agit des Jeux olympiques: la sécurité des athlètes sera-t-elle garantie par le pays hôte? On se souvient ainsi des différentes polémiques -manque de personnel, manque de formation, failles dans les contrôles de sécurité à l’aéroport d’Heathrow, … - qui ont émaillé la préparation des JO de Londres en 2012.

Les inquiétudes sont à nouveau exacerbées cette année dans la perspective des JO de Sotchi, qui auront lieu du 7 au 23 février prochain, d’autant plus que, comme la Chine en 2008 ou la Grèce en 2004, la Russie a connu il y a peu des attaques meurtrières. Cependant, le Comité international olympique (CIO) a redit sa «confiance dans les autorités russes pour ce qui est de l’organisation de Jeux sûrs à Sotchi».

1,4 milliard d’euros de budget sécurité

Dès mardi, soit un mois pile avant la cérémonie d’ouverture, l’accès à la ville balnéaire de la Mer Noire sera interdit en automobile aux non-résidents, énième mesure d’un système de sécurité très strict qui a coûté quelque 1,4 milliard d’euros. «C’est fait “à la russe“: restrictions très importantes de déplacement, mesures d’identification hyper strictes, qui ne seraient pas possibles dans un état totalement démocratique», souligne Mathieu Guidère, professeur d’islamologie à l’université de Toulouse.

Le président du comité organisateur des Jeux de Sotchi, Dmitry Chernyshenko, a effectivement promis d’en faire les Olympiades «les plus sécuritaires de l’histoire». Quelque 37.000 policiers seront mobilisés, des systèmes de défense antiaérienne Pantsir-S déployés, des drones utilisés, tout comme 5.000 caméras et des détecteurs sous-marins.

Recherche du spectaculaire

Le président russe, Vladimir Poutine, a également interdit par décret tout rassemblement ou manifestation dans la ville pendant les Jeux et jusqu’au 21 mars (les Jeux paralympiques d’hiver prenant fin le 16), et le système de contrôle des communications et d’Internet russe («Sorm») a été modernisé.

Pour la première fois, un «passeport de supporter» doit être mis en place à Sotchi: toute personne souhaitant assister aux compétitions devra d’abord s’enregistrer sur un site Internet pour acheter des billets pour les compétitions et pénétrer dans les endroits où auront lieu les épreuves olympiques, a expliqué le président du Comité olympique de Russie Alexandre Joukov.

Mais ces annonces sécuritaires à grands frais ne devraient pas interdire toute action terroriste, selon Mathieu Guidère. «Vladimir Poutine aurait pu sécuriser dans la discrétion, mais a choisi à l’inverse d’être dans le spectaculaire, dans le show-off. Et, en face, les terroristes sont également dans la recherche du spectaculaire, de la surenchère. Ils ont un objectif de visibilité médiatique -déjà atteint à Volgograd- et, comme le régime focalise tous ses efforts sur Sotchi, les terroristes se disent qu’en frappant ce site ils vont atteindre le cœur du système.»