Des milliers de chrétiens meurent chaque année à cause de leur foi

PERSECUTIONS Catholiques, protestants, orthodoxes ou anglicans, ils sont des milliers à être tués à cause de leur religion...

avec AFP
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Une église en Egypte, près des pyramides de Giza a été endommagée lors des manifestations en août 2013. 
Une église en Egypte, près des pyramides de Giza a été endommagée lors des manifestations en août 2013.  — LEVINE/SIPA

Qu'ils soient catholiques, protestants, anglicans ou orthodoxes, des milliers de chrétiens meurent chaque année à cause de leur foi et sont de plus en plus souvent ciblés ensemble dans les pays du Sud, notent des experts avant les célébrations de Noël. Comment se fait-il qu'en Occident sécularisé, règne «le silence de Noël sur les chrétiens persécutés», s'est interrogé lundi en une du Corriere della Sera le fondateur de la Communauté Sant'Egidio, Andrea Riccardi, très impliqué en Afrique.

Des menaces de la Syrie au Pakistan

Dans La Stampa, le pape François avait dénoncé début décembre l'«oecuménisme du sang»: «on tue les chrétiens dans certains pays sans leur demander s'ils sont anglicans, luthériens, orthodoxes ou catholiques. Leur sang est mêlé». Cela devrait rapprocher ces églises concurrentes, selon le pape. De la Syrie au Nigeria ou au Pakistan, les chrétiens sont menacés collectivement. Alors que les chrétiens sont quelque 2,3 milliards, les estimations de ceux tués chaque année en raison de leur foi varient énormément: de 9.000 (un par heure) à 100.000 (onze par heure).

Selon le groupe évangéliste américain Open Doors, la Corée du Nord, l'Arabie Saoudite, l'Afghanistan, l'Irak, la Somalie, les Maldives, le Mali, l'Iran, le Yémen et l'Erythrée sont à la tête de la liste noire. La situation des fidèles chrétiens s'aggraverait rapidement en Syrie et en Ethiopie. Open Doors va jusqu'à parler de cent millions de chrétiens persécutés. Evaluation contestée par différents observateurs qui estiment que ces chiffres prennent en compte des populations entières, et non des chrétiens que leur témoignage personnel mettrait en danger.

La controverse porte également sur l'hypothèse d'une offensive globale contre les chrétiens, alors que, pour certains, les causes sont locales et multiples. En outre des chrétiens, par exemple en Centrafrique ou au Sud-Soudan, se rendent aussi coupables de violences et représailles, souvent à résonance ethnique. Auteur en octobre d'un livre intitulé La guerre globale contre les chrétiens, le vaticaniste renommé John Allen pointe ce phénomène silencieux et négligé qui touche le Sud.

Des statistiques impossibles

S'il admet l'impossibilité de statistiques exactes et reconnaît que les chiffres peuvent faire l'objet d'exploitation politique, John Allen juge que les chrétiens sont souvent des boucs-émissaires, notamment quand ils appartiennent aux «minorités linguistiques et culturelles». Il reproche aux chrétiens d'Occident, d'oublier, de méconnaître, de refuser de prendre en considération leur sort tragique.

Des causes multiples

Selon les experts, trois causes de persécutions se conjuguent contre les chrétiens, parfois présentes ensemble dans un même pays: la première est le radicalisme religieux, en bonne partie de groupes islamistes qui veulent vider leur pays de la présence chrétienne, mais aussi d'autres radicalismes anti-chrétiens, hindouistes et bouddhistes. Un autre type de persécutions provient des systèmes totalitaires qui les voient comme des éléments idéologiquement non conformes, de la Corée du Nord à l'Erythrée. Ainsi des dizaines de milliers de chrétiens sont encore internés en Corée du Nord, mais aussi dans des containers en plein soleil en Erythrée, note l'expert. Le troisième groupe de persécuteurs est formé d'intérêts économiques, de guérillas, de groupes criminels (narcos notamment) et de groupes paramilitaires, que les positions de justice sociale des Eglises dérangent.