En libérant ses farouches opposants, Poutine montre sa suprématie

RUSSIE Poutine s'est également imposé comme négociateur dans le conflit syrien...

avec AFP

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Vladimir Poutine a gracié des opposants lundi 23 décembre 2013.
Vladimir Poutine a gracié des opposants lundi 23 décembre 2013. — Mikhail Klimentyev/AP/SIPA

Conforté par une série de succès, le président Vladimir Poutine veut, en graciant l'ex-magnat critique du Kremlin Mikhaïl Khodorkovski et en amnistiant les membres du groupe Pussy Riot, montrer que rien ne menace sa suprématie en Russie. «Cela ressemble à une grâce monarchique offerte par Poutine au moment où il fête les succès de la politique étrangère russe et il n'a pas peur que ça soit perçu comme une faiblesse», estime Nikolaï Petrov, de la Haute école d'économie de Moscou.

Alors que le début de son troisième mandat présidentiel, en 2012, avait été marqué par une contestation sans précédent, la fin de l'année 2013 est apparue triomphale pour Vladimir Poutine. Une initiative de la diplomatie russe a permis d'éviter in extremis des frappes américaines sur la Syrie tandis qu'un accord de Moscou avec l'Ukraine la semaine dernière a coupé l'herbe sous le pied de l'opposition ukrainienne pro-européenne mobilisée depuis un mois à Kiev pour exiger la signature d'un accord d'association avec l'UE.

Poutine vainqueur

Dans ce contexte, la décision de libérer ses farouches opposants, à quelques mois de la fin de leur peine, rappelle les grands gestes des empereurs romains - qui accordaient la vie sauve à leurs esclaves gladiateurs au dernier moment. «Poutine se sent comme un vainqueur et il est capable ainsi de montrer sa puissance suprême», souligne M. Petrov.

Une assurance apparue pendant sa conférence de presse annuelle, quand il a exclu d'évoquer un potentiel successeur.

La fin de l'année triomphale

Cette année, la Russie a affirmé son autorité sur la scène internationale, s'imposant en tant que pacificateur dans le conflit syrien avec la proposition surprise de détruire les armes chimiques syriennes sous le contrôle international, solution alternative aux frappes américaines en Syrie. Contrairement aux attentes, le président syrien Bachar al-Assad est toujours au pouvoir dans son pays, conforté par le soutien de Moscou, le principal allié de Damas, et une conférence internationale de paix sur la Syrie doit avoir lieu fin janvier à Genève.

Un accord conclu fin novembre entre l'Iran et le groupe 5 1 (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité - Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie - plus l'Allemagne), visant notamment à limiter les activités nucléaires iraniennes, a abouti à la levée partielle des sanctions occidentales, une mesure longtemps souhaitée par le Kremlin.

Une contestation qui s'essouffle

Les manifestations pro-européennes à Kiev contre le rejet, au profit de la Russie, d'un accord d'association avec l'UE semblent perdre de leur élan après l'annonce par Moscou de l'octroi de 15 milliards de dollars à l'Ukraine et de la baisse du prix du gaz russe livré à cette ex-république soviétique. En Russie-même, le mouvement de contestation qui avait mobilisé des dizaines de milliers de personnes contre Vladimir Poutine à l'hiver 2011-2012 s'est essoufflé et semble manquer d'une personnalité vraiment capable de rivaliser avec Vladimir Poutine.

«Poutine est sûr de sa propre force, comme jamais», souligne l'analyste Alexeï Malachenko, du Centre Carnegie de Moscou, cité par la radio Echo de Moscou. «Il y a un an, il semblait que le régime était très faible. Mais maintenant, il semble solide», lui fait écho Nikolaï Petrov. «Poutine avait besoin de gracier Khodorkovski pour affirmer son droit de châtier et montrer sa miséricorde», estime-t-il.

Considéré par certains comme un leader potentiel d'une partie de l'opposition russe, M. Khodorkovski est désormais en exil en Allemagne et affirme ne pas avoir d'ambitions politiques.

Stagnation de l'économie

Mais Vladimir Poutine, qui pourrait encore briguer un quatrième mandat présidentiel en 2018, aurait tort de s'endormir sur ses lauriers, l'économie russe donnant de plus en plus de signes d'une croissance faible. Les prévisions de croissance du PIB pour 2013 en Russie ne dépassent pas 1,4%, plombées notamment par l'échec du président de créer un climat favorable aux entreprises privées et de réformer le système judiciaire.