Les Pussy Riot, des féministes adeptes de l'art contestataire contre Poutine

RUSSIE Portait des jeunes femmes condamnées après avoir chanté une prière punk dans la cathédrale de Moscou...

avec AFP

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Les Pussy Riot, le 16 janvier 2013, lors d'une audience au tribunal de Moscou.
Les Pussy Riot, le 16 janvier 2013, lors d'une audience au tribunal de Moscou. — Sergey Ponomarev/AP/SIPA

Les deux membres du groupe Pussy Riot détenues qui ont été libérées  ce lundi en vertu de la loi d'amnistie votée en Russie sont des féministes adeptes des «performances» contestataires dans la Russie de Vladimir Poutine. Nadejda Tolokonnikova et Maria Alekhina ont été condamnées en août 2012 à deux ans de camp pour «hooliganisme» et «incitation à la haine religieuse» pour avoir chanté une «prière punk» dans la cathédrale de Moscou, demandant à la Sainte Vierge de «chasser Poutine».

Montrant qu'elle n'avait en rien perdu de son exprit combattif, les premières paroles de Maria Alekhina, libérée ce lundi matin, ont été pour dénoncer Vladimir Poutine et l'amnistie dont elle a bénéficié, une «opération de communication» du Kremlin qui n'a rien à voir avec un «geste d'humanisme» selon elle. Une autre Pussy Riot, Ekaterina Samoutsevitch, condamnée pour les mêmes motifs, a été libérée en octobre 2012, sa peine ayant été commuée en appel en sursis.

Nadejda Tolokonnikova, 24 ans

Issue du groupe d'art contestataire Voïna (la Guerre), comme son compagnon Piotr Verzilov, Nadejda Tolokonnikova est souvent apparue comme la plus déterminée des Pussy Riot. Elle a arboré lors d'audiences judiciaires, face aux caméras de la télévision russe, un sourire volontiers ironique et un T-shirt avec le slogan No Pasaran ! (Ils ne passeront pas !) de la guerre civile espagnole.

Tolokonnikova a également participé à tous les coups d'éclat du groupe Voïna, connu notamment pour avoir dessiné en 2011 un gigantesque phallus sur un pont levant en face du siège du Service fédéral de sécurité (FSB, ex-KGB) à Saint-Pétersbourg.

En 2008, alors enceinte de neuf mois, Tolokonnikova avait participé à une séance de sexe collectif dans un musée de Moscou pour protester contre l'élection de Dmitri Medvedev à la présidence russe, parrainé par Vladimir Poutine. Une performance intitulée «Baisons pour l'ourson héritier» («Medved» veut dire «ours» en russe).

Grèves de la faim

Belle brune aux yeux noirs, Nadejda Tolokonnikova considère l'action des Pussy Riot comme «un art d'opposition, dans un contexte de répression des droits de l'homme et des libertés» en Russie. 

Accusée d'«incitation à la haine religieuse» suite à la «prière punk» anti-Poutine dans la cathédrale de Moscou, elle a souligné au cours de son procès que cette action visait à dénoncer la politique du locataire du Kremlin, non pas à insulter les croyants orthodoxes. «Chaque fois qu'on m'accuse de me révolter contre la religion, ça me fait très mal», a-t-elle affirmé.

Née à Norilsk (Grand Nord russe), cette ancienne étudiante de la faculté de philosophie de la prestigieuse université d'Etat de Moscou a une fille de 5 ans.

Elle a observé plusieurs grèves de la faim en septembre et en octobre, se disant menacée de mort après avoir dénoncé les conditions de détention «proches de l'esclavage» dans le camp de Mordovie (est) où elle était détenue. Elle a ensuite été transférée dans un autre camp, en Sibérie.

Maria Alekhina, 25 ans

Maria Alekhina, jeune femme mince aux cheveux châtain clair, a notamment participé à des actions écologistes pour la défense du lac Baïkal (Sibérie) ou contre un chantier d'autoroute dans une forêt de la banlieue de Moscou. Elle écrit des poèmes et travaillait avant son arrestation en tant que bénévole dans un hôpital psychiatrique pour enfants à Moscou.

Se disant orthodoxe, elle a qualifié le patriarche Kirill «d'ancien collègue» de Vladimir Poutine, allusion aux liens que le futur patriarche aurait eu avec le KGB (où a servi Vladimir Poutine) à l'époque soviétique. Etudiante à la Haute école de journalisme et de littérature de Moscou, elle élève seule son fils de six ans, Philippe.

«Une mentalité d'esclave chez les gens»

Envoyée à Perm, dans l'Oural, après la condamnation, elle a dénoncé des «violations des droits de l'Homme omniprésentes» dans sa colonie pénitentiaire.

«La chose la plus dure est de réaliser comment marche ce système, comment il forme une mentalité d'esclave chez les gens et comment ils s'y résignent», a confié Alekhina au journal d'opposition Novaïa gazeta.

Elle a ensuite été transférée dans un autre camp, à Nijni Novgorod (Volga). Toutes ses demandes de libération anticipée, comme celles de Tolokonnikova, ont été rejetées.