Centrafrique: La France appelle l’Europe à la rescousse

F.V.

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Des soldats français à Bangui (Centrafrique) le 13 décembre 2013.
Des soldats français à Bangui (Centrafrique) le 13 décembre 2013. — Jerome Delay/AP/SIPA

L’intervention française en Centrafrique peut-elle devenir européenne ? Au second jour de leur sommet à Bruxelles, les dirigeants européens ont examiné la possibilité de donner un «cadre européen» à l'opération. La tâche est délicate pour François Hollande. Les autres chefs d'Etat et de gouvernement n’ont pas fait preuve d'enthousiasme jeudi lorsque la situation en Centrafrique a été évoquée. «Il ne faut pas sous-estimer le degré de distance» de la plupart des pays européens vis-à-vis de la situation en Afrique centrale, a souligné une source diplomatique française.

«Ce que je souhaite est qu'il y ait, politiquement, une présence de l'Europe. Qu'on ne dise pas: ‘’la France est seule’’. C’est important pour l'Europe», a plaidé François Hollande.

La Pologne va aider, la Belgique réfléchit

Pour cela, le président espère convaincre d'autres pays de s'engager davantage sur le terrain, en appui aux 1.600 soldats français et à la force internationale africaine de la Misca. Il a cité en exemple la Pologne, qui devrait envoyer rapidement un avion gros porteur et une cinquantaine de militaires de l'armée de l'air. Mais il a reconnu que la participation d'un seul pays européen ne suffirait pas à donner le label européen à l'opération.

Approchée par Paris pour participer à la sécurisation de l'aéroport de Bangui, où d'intenses échanges de tirs ont eu lieu jeudi soir pendant plusieurs heures, la Belgique a répondu prudemment qu'elle examinait cette possibilité.

Plusieurs dirigeants se sont étonnés des demandes de la France. «Quand on lance une telle opération, il est important qu'on puisse se mette d’accord avant. On ne peut envoyer l'addition après», s’est étonné le chancelier autrichien, Werner Faymann. Plus diplomate, l'Allemande Angela Merkel a insisté sur les conditions à réunir pour qu'une opération soit soutenue par l'UE.

«Seule une mission de l'UE peut bénéficier de fonds européens», a rappelé un responsable européen, précisant qu'elle devait être pour cela approuvée par les 28 Etats membres. Ce processus peut prendre «de quelques semaines à quelques mois».

«Les européens se réveillent un peu»

«Ce qui est faisable, souligne un bon connaisseur du dossier, c’est une opération française avec le soutien de pays européens – c’est ce qui est en train de se faire. C’est déjà un pas important. Mais de là à ce que l’opération soit européenne, il y a une marge. Indépendamment des mauvaises volontés, le processus pour valider une telle opération est différent selon les pays. Ce qui est positif, c’est que les européens se réveillent un peu. L’opération française a été tardive et reste complètement floue sur le plan politique, mais il était important qu’elle intervienne», ajoute cette source qui préfère rester anonyme.

L’Union européenne doit prendre une décision en janvier sur le lancement d'une mission européenne en Centrafrique pour venir en appui à l'intervention française. «Je ne demande pas qu'il y ait des troupes pour des actions militaires (...) Ce dont nous avons besoin, c'est une présence sur des points précis : la protection de l'aéroport, le soutien sanitaire», a précisé le chef de l’Etat à la fin du sommet.

De son côté, Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a salué l'intervention française en estimant qu'elle avait permis d'éviter une guerre civile, voire un «génocide». Il a affirmé que l'UE soutenait «évidemment» l'effort militaire de la France, et qu’elle avait versé 50 millions d'euro à la mission africaine de maintien de la paix et 60 millions sous forme d'aide humanitaire.