Russie: Tout comprendre sur la grâce de Mikhaïl Khodorkovski

F.V.

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Mikhail Khodorkovski dans le box des accusés à Moscou, en Russie, lors de son appel le 22 septembre 2005.
Mikhail Khodorkovski dans le box des accusés à Moscou, en Russie, lors de son appel le 22 septembre 2005. — Tatyana Makeyeva / AFP

Qui est Mikhaïl Khodorkovski?

Ancien patron du géant pétrolier Ioukos, il était considéré comme l'un des oligarques et milliardaires les plus influents de Russie avant de devenir le prisonnier le plus célèbre de ce pays pour avoir osé tenir tête à Vladimir Poutine, dénonçant la «corruption» du régime et l’asservissement des tribunaux.

Il a été condamné en 2005 à huit ans de camp pour «escroquerie et fraude fiscale». Cette peine a ensuite été portée à 14 ans à l'issue d'un deuxième procès en 2010 pour «vol de pétrole et blanchiment» de 23,5 milliards de dollars.

Mais pour les défenseurs des droits de l'homme et de nombreux observateurs étrangers, Mikhaïl Khodorkovski, aujourd’hui âgé de 50 ans, a été la victime d'un règlement de comptes organisé par Vladimir Poutine. Condamné pour avoir affiché son indépendance et ses ambitions politiques, il est devenu le symbole de la dérive autoritaire de la Russie.

Pourquoi Vladimir Poutine décide-t-il maintenant de le gracier?

Cette annonce est une surprise totale. Le chef de l'Etat, qui l’a faite juste après sa conférence de presse annuelle, a expliqué que Mikhaïl Khodorkovski avait récemment écrit une demande de grâce, à laquelle il avait refusé de donner suite jusque-là. «Il a déjà passé plus de dix ans en détention, c'est une punition sérieuse. Il invoque des circonstances d'ordre humanitaire -sa mère est malade- et j'estime que l'on peut prendre cette décision», a déclaré le président russe, indiquant que le décret serait signé «très prochainement».

Interrogés, les avocats du détenu ont indiqué ne disposer d'aucune information. Ils ont fait savoir que «tant [qu’ils] n’[auraient] pas directement discuté avec Mikhaïl Khodorkovski, aucun commentaire ne [pourrait] être fait concernant le fait qu'une demande de grâce ait été faite ou non, ni par qui, ni pourquoi».  

L’opposant devait en principe être libéré dans moins d'un an, en août 2014, à l’expiration de sa peine. Le parquet avait toutefois indiqué récemment enquêter sur plusieurs autres affaires criminelles le concernant.

Les défenseurs et soutiens de l'ancien dirigeant de Ioukos ont accueilli cette annonce «avec satisfaction».

Que traduit cette décision?

Elle consacre la toute-puissance de Vladimir Poutine. Le président russe «a attendu très longtemps la demande de Khodorkovski. C’est important pour lui qu'il ait présenté une demande de grâce, et ce faisant qu'il reconnaisse son pouvoir. Il a eu ce qu'il voulait», estime auprès de l'AFP Alexeï Makarkine, du Centre de technologies politiques.

Mais elle traduit aussi le besoin de la Russie d’améliorer sa réputation alors que le ralentissement économique rattrape le pays. L’affaire Khodorkovski étant emblématique des risques pour les investisseurs, l’annonce de la grâce est «un signal non équivoque pour l'amélioration du climat d'investissement dans le pays», souligne Mikhaïl Abyzov, un membre du gouvernement chargé des relations avec la société civile.

C’est aussi une façon d’éviter de prendre des risques à la veille des Jeux olympiques d’hiver de Sotchi, dont le bon déroulement était menacé par les différentes affaires liées aux droits de l'homme et aux libertés. La décision de Poutine «va améliorer l'atmosphère médiatique dans le monde à la veille des JO de Sotchi», estime l'analyste Stanislav Belkovski.

La Russie avait déjà tenté de redorer son blason mercredi avec l’adoption d’une loi d’amnistie pour les 20 ans de la Constitution, pouvant bénéficier à certains prisonniers politiques, dont les membres emprisonnés des Pussy Riot et de Greenpeace.