Proche-Orient: les morts et le différend sur les colonies plombent le processus de paix

© 2013 AFP

— 

Deux Palestiniens ont été tués en moins de 24 heures par l'armée israélienne lors de tentatives d'arrestation en Cisjordanie, assombrissant les perspectives des négociations sous l'égide des Etats-Unis, déjà minées par le contentieux lancinant sur la colonisation.
Deux Palestiniens ont été tués en moins de 24 heures par l'armée israélienne lors de tentatives d'arrestation en Cisjordanie, assombrissant les perspectives des négociations sous l'égide des Etats-Unis, déjà minées par le contentieux lancinant sur la colonisation. — Jaafar Ashtiyeh AFP

Deux Palestiniens ont été tués en moins de 24 heures par l'armée israélienne lors de tentatives d'arrestation en Cisjordanie, assombrissant les perspectives des négociations sous l'égide des Etats-Unis, déjà minées par le contentieux lancinant sur la colonisation.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a assuré que la construction dans les colonies ne «cesserait pas un instant», apparemment en réaction aux pressions internationales.

«La construction de colonies ou leur expansion est illégale», a réagi jeudi dans une déclaration à l'AFP le porte-parole du président palestinien Mahmoud Abbas, Nabil Abou Roudeina.

Selon le quotidien Haaretz, les Etats-Unis et l'Union européenne (UE) ont expressément demandé cette semaine à Israël de s'abstenir d'annoncer des projets de construction dans les colonies parallèlement à la libération de 26 prisonniers palestiniens prévue le 29 décembre, comme il l'avait fait lors des deux précédentes vagues de libérations.

Les négociateurs palestiniens ont prévenu à maintes reprises qu'ils ne pourraient pas poursuivre les pourparlers avec Israël, censés durer jusqu'à la fin avril, si le nombre de personnes tuées et de démolitions de maisons par l'armée israélienne, ainsi que de constructions dans les colonies, continuait au rythme actuel.

Une trentaine de Palestiniens ont été tués par les forces israéliennes en 2013, en grande majorité en Cisjordanie. En outre, plus de 600 constructions palestiniennes ont été rasées depuis le début de l'année, «déplaçant un millier de Palestiniens», déplore l'UE jeudi.

«La présidence condamne les crimes commis la nuit dernière par l'armée israélienne», a auparavant déclaré M. Abou Roudeina, dénonçant une «dangereuse escalade israélienne visant à faire échouer les efforts américains et internationaux pour faire avancer le processus de paix».

Le gouverneur de Jénine, Talal Dweikat, a estimé que, par de telles opérations, «l'occupant envoyait au peuple palestinien le message qu'il est là pour rester et continuer à commettre ces crimes».

Commandos israéliens déguisés en Palestiniens

Un membre des services du renseignement palestiniens, Saleh Yassine, a été tué dans la nuit de mercredi à jeudi à Qalqiliya par des soldats israéliens venus l'arrêter pour implication présumée dans des attaques contre l'armée israélienne.

La section locale du Fatah, le mouvement de Mahmoud Abbas, a précisé que les militaires israéliens s'étaient déguisés en Palestiniens pour passer inaperçus.

Quelques heures auparavant, Nafaa al-Saedi, membre du mouvement radical Jihad islamique, avait été tué et plusieurs autres Palestiniens blessés par les forces israéliennes dans le camp de réfugiés de Jénine, également lors d'une tentative d'arrestation.

Les membres des forces spéciales israéliennes étaient grimés en techniciens de la compagnie de téléphonie palestinienne Paltel, a-t-on indiqué de sources de sécurité palestiniennes.

Par ailleurs, M. Netanyahu a réaffirmé mercredi soir que l'obstacle à la paix n'était pas la colonisation mais le refus des Palestiniens de reconnaître Israël comme un Etat juif.

«Il n'y a pas de paix en raison de l'opposition continue à l'existence d'un l'Etat national juif, quelles qu'en soient les frontières», a-t-il déclaré lors d'une réunion de son parti de droite, le Likoud.

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry, qui a réussi à ramener les deux parties à la table des négociations en juillet, s'est dit «encouragé que des (solutions à des) questions très difficiles commencent à prendre corps» au cours de ces négociations, dans une interview diffusée dimanche.

Le chef du gouvernement du Hamas à Gaza, Ismaïl Haniyeh, a appelé Mahmoud Abbas à abandonner «la voie des négociations qui ne nous apportera rien» pour sceller enfin la réconciliation nationale palestinienne.

«J'appelle le président Mahmoud Abbas à organiser une réunion nationale pour convenir de la formation d'un gouvernement d'unité nationale et d'un programme politique», a-t-il dit dans un discours.

Lors de la précédente vague de libérations de prisonniers palestiniens, le 30 octobre, Israël avait fait avancer des plans de construction de 5.000 logements en Cisjordanie occupée et à Jérusalem-Est occupé et annexé.

Ces projets avaient déclenché une crise avec l'équipe de négociations palestinienne qui avait présenté début novembre sa démission collective, refusée par le président Abbas.