Epidémie à Madagascar: La peste, une maladie toujours d’actualité

SANTÉ n l'associe habituellement au passé, mais cette zoonose n’a jamais disparu de la planète, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) la considérant même à ce jour comme «réemergente dans le monde»...

Bérénice Dubuc
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Photographie de la bactérie de la peste bubonique, diffusée par le  Centers For Disease Control (CDC) américain, le 15 janvier 2003.
Photographie de la bactérie de la peste bubonique, diffusée par le  Centers For Disease Control (CDC) américain, le 15 janvier 2003. — AFP PHOTO / CDC

Une maladie que l’on associe habituellement au passé, mais qui est toujours d’actualité. La peste, qui a causé trois vagues de pandémies responsables de la mort de 200 millions d’êtres humains, n’est toujours pas éradiquée dans le monde au XXIe siècle, et a encore tué 39 personnes à Madagascar depuis un mois.

Que se passe-t-il à Madagascar?

Madagascar est confronté cette année, plus que les années précédentes, à une propagation de la peste, qui a déjà affecté 86 personnes. 39 sont mortes, selon le ministère de la Santé. Cette épidémie de peste touche cinq districts de l’île sur 119 -Mandritsara (nord), Soanierana Ivongo (nord-est), Ikongo (sud-est), Tsiroanomandidy (centre-ouest), Ikalamavony (centre-sud). Un médecin de la direction générale de la Santé à Antananarivo a précisé que 90 % des cas prenait la forme de la peste pulmonaire, plus grave que la forme plus répandue, la peste bubonique ou peste noire.

Quelles sont les différentes formes de peste?

La peste est une zoonose (maladie animale transmissible à l’homme) connue depuis l’Antiquité, due à une bactérie, la Yersinia pestis, découverte en 1894. Liée aux conditions de vie insalubres, la maladie se transmet usuellement du rat à l’homme par l’intermédiaire de piqûres de puce. La peste bubonique se manifeste par une forte fièvre et un gonflement des ganglions lymphatiques dans la région de la piqûre, qui suppurent et deviennent noirâtres. Elle peut évoluer en septicémie, mortelle en moins de 36 heures ou, quand la bactérie atteint les poumons, se transformer en peste pulmonaire, mortelle en trois jours en l’absence de traitement approprié.

Forme la plus dangereuse, la peste pulmonaire, très contagieuse, se transmet par voie aérienne d’homme à homme, par l’inhalation des gouttelettes expectorées par les malades ou, d’après un scénario de bioterrorisme, par des aérosols infectés répandus par hélicoptère ou des systèmes de ventilation. Les antibiotiques sont utilisés pour traiter l’infection.

La maladie n’est-elle pas éradiquée dans le monde?

«Tout le monde pense que la peste est une maladie du passé éradiquée, mais elle ne l’a jamais été. Il n’y a jamais eu de période sans cas de peste dans le monde», explique Elisabeth Carniel, directrice de l’unité des Yersinia à l’Institut Pasteur, centre national de référence et centre collaborateur de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Cette dernière la considère même à ce jour comme «réemergente dans le monde». Une étude parue l’été dernier dans la revue The American Journal of Tropical Medicine and Hygiene, indique ainsi qu’entre 2000 et 2009, quelque 21.725 cas de peste et 1.612 décès ont été recensés par le chercheur américain Thomas Butler dans le monde.

«L’Afrique est le continent le plus touché, mais il y a aussi des foyers endémiques de peste: Kazakhstan, Chine, Inde, Vietnam et Birmanie. Il existe aussi des foyers en Amérique Latine (Pérou, Bolivie, Equateur, Colombie) et sur la côte ouest des Etats-Unis. Il y a des cas humains de peste aux Etats-Unis tous les ans, une personne en est d’ailleurs décédée ce mois-ci», souligne Elisabeth Carniel, expliquant que la peste réapparaît dans des pays où on la pensait totalement disparue -Inde, Kirghizstan, Jordanie, Lybie, Algérie…

Et en France?

«En France, le dernier cas de peste remonte à 1945, en Corse», explique Elisabeth Carniel. Cependant, il est «peu probable» selon la spécialiste qu’un foyer permanent se réimplante en France, même si la peste est déjà revenue en Algérie en 2003 et en 2008 par exemple, alors que le pays n’avait pas connu la maladie depuis la peste de Camus. «Nous avons des rats en France, mais il faudrait importer des animaux infectés, comme cela a été le cas à Paris en 1920, quand une péniche a accosté avec des rats et des puces infestés à son bord. Il y a alors eu quelques cas humains de peste, puis le réservoir d’animaux infectés a disparu.» Il est en revanche possible selon Elisabeth Carniel qu’un «malade en phase d’incubation arrive sur le territoire français».

Quelles ont été les mesures prises à Madagascar?

Le ministère de la Santé, en partenariat avec l’OMS et l’institut Pasteur de Madagascar, dit avoir pris «les mesures requises», et a invité la population à «consulter en cas de fièvre, migraine», précisant que des médicaments pour traiter cette maladie étaient disponibles, que les soins sont gratuits, et que des équipes sont déjà sur place pour prendre en charge les malades. Par ailleurs, la délégation de l’Union européenne à Antananarivo a lancé des actions d’urgence d’assainissement pour les zones basses de la ville, souvent inondées, la capitale, qui croule sous les ordures, étant elle-même entourée de rizières.