Brésil: Dilma Rousseff, toujours dans le sillage de Lula

DÉCRYPTAGE algré les manifestations qui ont secoué le pays l'été dernier, la Présidente est en assez bonne position dans la perspective de l'élection présidentielle de 2014, où elle pourrait être candidate à sa succession...

Bérénice Dubuc

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La présidente du Brésil, Dilma Rousseff, le 17 juin 2013.
La présidente du Brésil, Dilma Rousseff, le 17 juin 2013. — E.PERES/AP/SIPA

François Hollande a entamé ce jeudi une visite d’Etat de deux jours au Brésil, qui doit l’emmener à Brasilia et Sao Paulo. Six mois après les manifestations qui ont secoué le pays, et dans la perspective de l’élection présidentielle de 2014, la Présidente Dilma Rousseff a-t-elle tenu ses promesses?

Pour Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (Iris) et spécialiste Amérique Latine, «Dilma Rousseff est à 100% dans la continuité de Lula, qui a toujours une présence très forte dans la gouvernance brésilienne, la Présidente continue de le consulter». «Dilma est vue comme l’héritière de Lula», abonde Hervé Théry, géographe, directeur de recherche au CNRS-Creda et professeur invité à  l’université de Sao Paulo. «C’est lui qui l’a imposée et elle continue sa politique.» Notamment les grands projets entamés sous sa présidence, comme les grands travaux en matière d’infrastructures que supposent la Coupe du monde de football et Jeux olympiques à venir, et qui doivent aider à accélérer la croissance.

Elle a su gérer à la crise de cet été

«Elle poursuit aussi sur le volet social, notamment avec le programme «Minha casa, minha vida» (Ma maison, ma vie) qui permet à des familles pauvres de devenir propriétaires de leur logement tout en soutenant le secteur du BTP dans le pays», poursuit Jean-Jacques Kourliandsky. De plus, elle a étendu le programme social Bolsa Família, dont un quart de la population brésilienne profite. «Tous sont très reconnaissants à Lula de l’avoir lancé, et à Dilma de l’avoir poursuivi. Le gros des voix qu’elle a obtenu lors de la présidentielle de 2011 a ainsi été enregistré dans les régions pauvres (Nord Este et Amazonie)», rappelle Hervé Théry.

L’élection présidentielle de 2014 se présente donc assez bien pour Dilma Rousseff, qui pourrait être candidate à sa réélection. Elle a certes pâti l’été dernier du mouvement protestataire qui a enflammé le pays, mais sa popularité est, après une chute vertigineuse de 27 points (à 30% d’opinions favorables), revenue à un score de 58,8% d’opinions favorables en novembre. «Du fait du succès de la politique économique de ces dix dernières années, qui a amené entre autres croissance et baisse de la pauvreté, la nouvelle classe moyenne brésilienne a formulé des demandes qualitatives en matière de transports publics, d’éducation supérieure, ou encore de santé», analyse Jean-Jacques Kourliandsky. Revendications auxquelles Dilma Rousseff a su répondre, selon le chercheur.

«Elle a géré à la crise -en réunissant les gouverneurs pour travailler sur les transports ou en mettant en place un plan d’urgence santé avec la promesse de recruter 15.000 médecins- et a bénéficié du fait qu’aucun parti n’a réussi à capitaliser sur les manifestations.» De plus, souligne Jean-Jacques Kourliandsky, ni le principal parti d’opposition, le PSDB, ni les partis plus à gauche du parti des travailleurs (PT, la formation de la Présidente) n’ont réussi à s’accorder sur un candidat. «Dès lors, Dilma Rousseff apparaît donc comme la seule à pouvoir conduire la maison Brésil.»