Centrafrique: Les Français commencent à désarmer les milices

F.V.

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Des soldats français à Bangui, en Centrafrique, le 8 décembre 2013.
Des soldats français à Bangui, en Centrafrique, le 8 décembre 2013. — S. KAMBOU / AFP

Les soldats français ont commencé lundi matin le désarmement des groupes de miliciens à Bangui, la capitale centrafricaine. Depuis Paris, le porte-parole de l'état-major, le colonel Gilles Jaron a assuré que «les choses se passent plutôt bien». L’état-major avait fait état dimanche d'une «tension» palpable entre soldats français et groupes armés dans les rues de Bangui, à la veille du début du désarmement.

Bref échange de tirs

Ces hommes en armes, qui il y a quelques jours étaient partout dans la capitale, déambulant à pied ou sillonnant les rues à bord de pick-up bondés, étaient presque invisibles dans les rues, ont constaté des journalistes de l’AFP. Certains ont tombé l'uniforme pendant la nuit. D’autres, privés de leur kalachnikov, affichaient une mine défaite.

«Sur certains points, les groupes armés ont décroché et sont rentrés dans leurs casernes, sur d'autres, ils ont déposé les armes», a souligné le colonel Jaron. Au point dit «PK12», à l'entrée nord de Bangui, «quand nous sommes arrivés, il y avait encore des individus en armes, ils ont accepté de désarmer», a-t-il indiqué. 

Un bref échange de tirs a éclaté en fin de matinée près de l’aéroport M’Poko, ont constaté des photographes de l'AFP. «Il y a eu un tir et une riposte», a précisé l'état-major, selon lequel les soldats n'ont «rien retrouvé» après l'incident.

Les combattants de l’ex-Séléka visés

L’opération de désarmement vise expressément les combattants de l’ex-Séléka, coupables de nombreuses exactions ces derniers mois -pillages, exécutions sommaires- sur la population. Détestés des habitants de la capitale, qui les voient le plus souvent comme des «occupants» venus du Tchad et du Soudan voisins, les ex-Séléka - majoritairement musulmans - sont les seuls à se balader en armes dans la capitale, face aux milices d’autodéfense villageoises «anti-balaka» (anti-machettes), présentes en brousse ou infiltrées dans les quartiers.

Des soldats congolais, tchadiens et guinéens de la force africaine, la Misca, participent de façon autonome à ces opérations de désarmement dans Bangui, selon l’état-major français. A Bossangoa (nord-ouest), l'un des principaux épicentres des violences en province, la présence d'éléments de la Misca, renforcés par des soldats français arrivés ce week-end, a permis de réduire la tension.

Les miliciens se mêlent aux civils

Après les dernières journées d'horreur, les Banguissois ne cessent de dire leur soulagement de voir les Français dans les rues. Près de 400 personnes ont été tuées depuis jeudi dans une offensive des milices anti-balaka, suivie des représailles sanglantes de l’ex-Séléka. Si les armes ne se voient plus, elles sont toujours dans la ville, posées derrière un mur, rangées dans des maisons ou des entrepôts, dans les quartiers où les militaires français ne sont pas encore rentrés.

L’opération de désarmement s’annonce complexe, a expliqué lundi le chef de la diplomatie, Laurent Fabius. «La difficulté c'est que beaucoup d'ex-Séléka ont enlevé leur treillis et se sont mis en civil (...) et il est difficile de reconnaître les individus», a-t-il déclaré. «On va donc aller au contact et si ce n'est pas suffisamment efficace, la force sera employée», a-t-il prévenu.

Après le vote ad hoc de l’ONU jeudi, la France a déployé 1.600 militaires en République centrafricaine (opération baptisée Sangaris, du nom d'un papillon rouge local), en appui à la Misca (2.500 soldats). Les objectifs affichés de l'opération Sangaris ont nettement évolué: d’une intervention à but «humanitaire» pour une période de six mois, il s'agit aujourd'hui de désarmer tous les groupes armés, ramener la stabilité dans le pays et organiser des élections libres et pluralistes en remplacement du régime actuel.