Ukraine: Une statue de Lénine déboulonnée pendant des manifestations massives

MONDE Les pro-européens veulent le départ du président Ianoukovitch...

avec AFP

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Un manifestant monte sur une statue de Lénine pour la déboulonner, dans le centre de Kiev le 8 décembre 2013
Un manifestant monte sur une statue de Lénine pour la déboulonner, dans le centre de Kiev le 8 décembre 2013 — Anatoli Boiko AFP

Plusieurs centaines de milliers d'Ukrainiens pro-européens ont réclamé dimanche à Kiev le départ du président Viktor Ianoukovitch, dans une nouvelle démonstration de force suivie de la chute très symbolique d'une statue de Lénine.

Drapeaux ukrainiens et européens en main, entre 250.000 et 300.000 manifestants ont investi la place de l'Indépendance et les rues voisines, scandant «démission!». Les organisateurs ont affirmé que le nombre de manifestants avait «approché un million», tandis que la police a évalué le rassemblement à 60.000 personnes. L'opposition, mobilisée depuis le refus du pouvoir de signer un accord d'association avec l'UE, a ainsi confirmé la mobilisation de la semaine précédente, la plus forte dans le pays depuis la Révolution orange qui avait porté au pouvoir les forces pro-occidentales et qui avait déjà pour centre la même place, aussi appelée Maïdan. Elle accuse le président ukrainien, qui a tenu des négociations vendredi avec Vladimir Poutine, de vouloir jeter l'Ukraine dans les bras de la Russie.

Une statue de Lénine renversée

Dans un acte de défi envers Moscou, une trentaine de manifestants a renversé une statue du leader de la révolution de 1917 Vladimir Lénine située également dans le centre et servant de point de rassemblement aux communistes locaux. Deux députés du parti ultra-nationaliste Svoboda (Liberté) ont assisté à cette scène, selon un photographe de l'AFP sur place, qui a vu les assaillants, masqués, attacher le cou de la statue de 3,4 mètres à une corde et tirer pendant dix minutes avant qu'elle ne cède. Le député d'opposition Andriï Chevtchenko a assuré que l'acte avait été accompli par un groupe isolé sans la bénédiction du mouvement dans son ensemble.

Plus tôt dans la journée, devant les manifestants, l'un des dirigeants de l'opposition, Arseni Iatseniouk, avait de son côté appelé à «élargir la contestation» et à «bloquer le quartier gouvernemental». Une partie des manifestants a installé plusieurs tentes près du siège du gouvernement et a commencé à ériger des barricades avec des corbeilles à fleurs dans ce quartier. Dans le même temps, les services spéciaux ukrainiens (SBU) ont annoncé l'ouverture d'une enquête pour tentative de «prise de pouvoir» suite «aux agissements illégaux de certains hommes politiques» non désignés. De tels actes sont passibles d'une peine allant jusqu'à dix ans de prison.

Mobilisation renforcée

Près de 20.000 opposants au pouvoir se sont par ailleurs rassemblés à Lviv, dans l'ouest du pays traditionnellement pro-européen, tandis que des rassemblements plus modestes ont eu lieu dans plusieurs villes de l'est, économiquement et culturellement plus proche de la Russie. «Nous voulons que la justice règne pour tout le monde et que le pouvoir cesse de voler», a expliqué à l'AFP Viktor Melnitchouk, un retraité de 52 ans, dans la capitale ukrainienne. Présente sur la scène dressée place de l'Indépendance aux côtés des leaders de l'opposition, la fille de l'opposante emprisonnée Ioulia Timochenko, Evguénia, a lu un message de sa mère. «Ne baissez pas les bras, ne faites pas de pas en arrière, ne vous mettez pas à la table des négociations avec ce pouvoir qui a le sang sur les mains», a-t-elle poursuivi.

La mobilisation s'est considérablement renforcée depuis la dispersion violente d'un campement d'étudiants, qui a fait des dizaines de blessés. Le lendemain, le 1er décembre, une manifestation monstre réunissant entre 200.000 et 500.000 personnes et émaillée d'affrontements faisant plusieurs dizaines de blessés s'était déroulée sur Maïdan. La nouvelle manifestation s'est en revanche déroulée sans incident. La crise politique qui agite l'ex-république soviétique de 46 millions d'habitants est encore montée d'un cran après la visite vendredi du président Viktor Ianoukovitch en Russie où il a discuté avec son homologue Vladimir Poutine de «partenariat stratégique». La Russie a été accusée par les Européens d'avoir exercé des pressions économiques et des menaces «inacceptables» sur l'Ukraine, qui traverse une crise économique et financière, pour qu'elle renonce à l'association avec l'UE.

La Commission européenne a annoncé une visite à Kiev dans la semaine de la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton. Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a indiqué de son côté qu'il recevrait à Paris l'un des leaders de l'opposition, le champion de boxe Vitali Klitschko. Ce dernier a appelé dimanche à une grève générale visant à «faire tomber le pouvoir». «Nous avons aujourd'hui le choix entre sombrer dans une dictature corrompue et le retour à la maison, en Europe», a prévenu Ioulia Timochenko.