Une opération française en Centrafrique pour quoi faire?

DÉCRYPTAGE a France attend ce jeudi l'aval des Nations Unies pour lancer l'opération Sangaris dans ce pays en proie au chaos et aux violences inter-communautaires...

Bérénice Dubuc

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Des soldats français contrôlent l'entrée de l'aéroport de Bangui, en Centrafrique en août 2013. 
Des soldats français contrôlent l'entrée de l'aéroport de Bangui, en Centrafrique en août 2013.  — AP/SIPA

Le Conseil de sécurité de l'ONU doit donner ce jeudi son feu vert à une intervention française pour rétablir l'ordre en République centrafricaine (RCA), en soutien à une force africaine présente dans le pays. 20 Minutes fait le point sur les raisons qui poussent la France à intervenir dans ce pays.

Que se passe-t-il en Centrafrique?

La RCA est en proie à l'anarchie et aux violences de bandes armées depuis le renversement en mars du président François Bozizé, arrivé au pouvoir dix ans plus tôt par un coup d'Etat, par les rebelles de la Séléka dirigés par Michel Djotodia. Les milices d'autodéfense paysannes "anti-balaka" (anti-machettes) ont émergé depuis septembre dans le nord-ouest de ce pays de 4,6 millions d'habitants, plus vaste que la France. L’émergence de ces milices est liée aux exactions d'hommes armés issus des rangs de la coalition rebelle Séléka -depuis dissoute par Djotodia, mais dont certains ont été intégrés dans les nouvelles forces de sécurité centrafricaines. Les milices anti-balaka sont formées de paysans chrétiens, alors que les "Séléka" se revendiquent musulmans. Le pays, pris dans un engrenage de violences inter-communautaires, menace de plonger dans la guerre civile.

Que dit la résolution présentée à l’ONU?

Dans ce texte, Paris, qui préside le Conseil de sécurité ce mois-ci, demande aux Nations Unies d’autoriser la force de l'Union africaine en RCA (Misca), déjà sur place et en cours de renforcement, à se déployer «pour une période de douze mois» afin de «protéger les civils et de rétablir l'ordre et la sécurité, stabiliser le pays par les moyens appropriés» et faciliter l'acheminement des secours. Le texte autorise aussi les forces françaises en RCA à «prendre toutes les mesures nécessaires pour soutenir la Misca dans l'accomplissement de son mandat».

La résolution est placée sous le chapitre 7 de la Charte de l'ONU qui prévoit le recours à la force et la création d'une commission d'enquête sur les droits de l'Homme, un embargo sur les armes et la menace de sanctions ciblées contre les responsables d'exactions, ceux qui tenteraient de violer l'embargo, de bloquer la transition politique ou de piller les ressources naturelles du pays.

Combien de militaires français seront déployés?

En prélude à l'opération Sangaris, la France a commencé à acheminer des renforts vers la RCA. Le contingent va passer de 450 à 1.200 hommes, chargés de sécuriser l'aéroport de Bangui et les principaux axes par où transiteront les convois humanitaires. Six cents soldats français sont déjà présents à Bangui, où depuis 2002 ils tiennent l'aéroport et sont prêts à évacuer les ressortissants européens. La Misca doit quant à elle compter jusqu'à 3.600 hommes, mais n'a pu en rassembler pour l'instant que 2.500, mal équipés et mal entraînés, venus du Tchad, du Gabon et du Cameroun.

Pourquoi la France intervient-elle en Centrafrique?

Le ministre des Affaires Etrangères Laurent Fabius a martelé que la France, ancienne puissance coloniale, allait intervenir «en appui» de la Misca pour «éviter les drames humanitaires épouvantables et rétablir la sécurité», puis «favoriser une transition démocratique». Selon l'ambassadeur français au Nations Unies, le contingent français sera chargé de rétablir l'ordre dans Bangui, la capitale, mais aussi de «sécuriser les axes routiers pour permettre un accès humanitaire». Pour l'ex-ministre aux Affaires européennes Pierre Lellouche, la France défend «la sécurité de toute l'Europe», dans la mesure où cette intervention vise aussi à éviter que «ne s'installent à nouveau des bases terroristes» dans ce pays.

Quand l’opération va-t-elle démarrer et combien de temps va-t-elle durer?

L'intervention débutera «entre le vote de la résolution à l'ONU ce [jeudi] soir et la date que choisira le président de la République», a indiqué Laurent Fabius, précisant que ce serait «dans les jours qui viennent». Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a de son côté affirmé que l’opération Sangaris serait «ponctuelle et ciblée», estimant sa durée à  «six mois».