Ukraine: Si vous avez raté le début

DÉCRYPTAGE es Ukrainiens sont dans la rue depuis dix jours, protestant contre le rejet par le pouvoir d'un accord d'association avec l'Union européenne, et réclamant désormais le départ du président et des élections anticipées...

Bérénice Dubuc
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 Les Ukrainiens manifestent à Kiev contre l'arrêt des négociations avec l'Union européenne
 Les Ukrainiens manifestent à Kiev contre l'arrêt des négociations avec l'Union européenne — Ivan Sekretarev/AP/SIPA

Des airs de Révolution orange. Lundi, le siège du gouvernement ukrainien était toujours occupé, au lendemain d’une manifestation d’une ampleur que n’avait plus connu ce pays de 46 millions d'habitants depuis 2004. Et les manifestants opposés à la politique du président Viktor Ianoukovitch semblaient décidés à tenir le pavé sur la place de l'Indépendance, haut lieu de la Révolution orange il y a neuf ans.

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Cause de cette grogne: la décision du pouvoir, le 21 novembre, de rejeter un accord d'association avec l'Union européenne afin de «relancer ses relations économiques avec la Russie». «Les dirigeants ukrainiens n’ont pas cessé de parler de l’intégration européenne de l’Ukraine, c’était même une des promesses de campagne de Viktor Ianoukovitch», rappelle Alexandra Goujon, maître de conférences à l’université de Bourgogne et spécialiste de l’Ukraine, pays partagé entre l'Ouest nationaliste tourné vers l'Europe, et l'Est russophone orienté vers Moscou.

«D’autres contestataires se sont greffés»

«C’est un sujet de politique étrangère, mais qui signifie des changements tangibles pour les Ukrainiens: de meilleures conditions de vie, un développement économique et social…». Alors quand le pouvoir a fait volte-face, les Ukrainiens ont vécu comme un camouflet le refus de tenir cette promesse électorale. Mais si le point de départ de la contestation est la non-signature de l’accord avec l’UE, «d’autres contestataires, qui se sont politisés face à différents problèmes de politique intérieure, se sont greffés», ajoute Alexandra Goujon.

En effet, les Ukrainiens jugent le gouvernement vérolé par la corruption, dominé par l'arbitraire et trop autoritaire, comme en témoignent la violente répression des premières manifestations pro-européennes, mais aussi la condamnation en 2011 de l'opposante et ex-Premier ministre emprisonnée, Ioulia Timochenko. Les manifestants ukrainiens exigent donc désormais le départ du président et des élections anticipées.

Pressions de la Russie

De son côté, Viktor Ianoukovitch, élu avec seulement 51% des suffrages -un résultat serré ne lui permettant pas d’avoir les mains libres pour diriger- grâce à la grande déception des électeurs après le passage au pouvoir de l’équipe élue à l’issue de la révolution orange, se livre à un véritable jeu d’équilibriste. «Il justifie sa décision en soulignant qu’il agit pour le bien de l’Ukraine, et, en effet, il ne faut pas oublier que la Russie met une énorme pression pour éviter un rapprochement de l’Ukraine vers l’Europe», rappelle Alexandra Goujon, énumérant les menaces de rupture commerciale, de demande de remboursement immédiat de la dette énergétique ukrainienne, ainsi que la pression diplomatique que Vladimir Poutine fait peser sur le président ukrainien.

Comment ce dernier va-t-il gérer la grogne interne et les demandes de son partenaire russe? Pour l’heure, il semble décidé à continuer de jouer sur les deux tableaux: une délégation doit se rendre à Bruxelles cette semaine pour parler coopération économique et le président ukrainien doit signer en fin de semaine à Moscou une «feuille de route de coopération» avec son homologue russe.