Pourquoi la Centrafrique est en proie au chaos

F.V.

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Des déplacés regroupés dans le camp de Bossangoa, dans le nord de la Centrafrique, le 26 novembre 2013.
Des déplacés regroupés dans le camp de Bossangoa, dans le nord de la Centrafrique, le 26 novembre 2013. — Florence Richard/AP/SIPA

La Centrafrique (RCA), où l'armée française s'apprête à intervenir pour «rétablir l'ordre», vit depuis des mois un cauchemar entretenu par d'ex-rebelles devenus des bandits, dont les crimes risquent de faire basculer le pays dans la guerre civile.

«On peut parler d'une stratégie criminelle de ces groupes, mais il n'y a pas de coordination entre eux, pas de planification», explique Jean-Marie Fardeau, directeur de Human Rights Watch (HRW). «Les bandes armées en profitent pour se livrer à des razzias et des massacres. Des villages sont brûlés, pillés. Les habitants sont tués ou sont en fuite dans la brousse».

Des groupes hétéroclites de rebelles et de bandits sèment la terreur

Leur calvaire a débuté en mars lorsque la coalition rebelle Séléka dirigée par Michel Djotodia, aujourd’hui président, a renversé le régime du président François Bozizé. Agglomérat hétéroclite de rébellions, de groupes de combattants venus du Tchad et du Soudan voisins, la Séléka a reçu au fil de son avancée le «renfort» de bandits de grand chemin, les «coupeurs de route», puis de milliers de «ralliés de la dernière heure» lors de son entrée dans Bangui, le 24 mars.

L’effondrement des dernières administrations encore opérationnelles dans le pays - secoué par des crises à répétition et à l'abandon depuis des années - a laissé libre cours au banditisme, ouvrant la porte à une vague de pillages, de meurtres et de viols.

Milices d’autodéfense

Les exactions à répétition de la rébellion Séléka (officiellement dissoute), à majorité musulmane, ont rapidement généré des tensions, poussant des populations chrétiennes à former des «groupes d'autodéfense» pour s'en prendre aux musulmans. Début septembre, les attaques de ces milices paysannes, surnommées «anti-balakas» (anti-machettes), avaient fait près de 100 morts dans la région de Bossangoa (nord-ouest). Fin octobre, de nouveaux affrontements ont fait une quarantaine de morts à Bouar (ouest), entraînant des représailles meurtrières.

Ces affrontements entre chrétiens (largement majoritaires) et musulmans sont du jamais vu dans le pays, où les deux communautés vivaient jusqu’ici en bonne intelligence. L’ONU s'inquiète désormais de voir le pays devenir le théâtre d'un «génocide», un terme que HRW juge toutefois «inadapté» à la situation actuelle.

Drame humanitaire

Ces violences ont en tout cas accentué la crise humanitaire chronique dans laquelle vit la Centrafrique depuis des décennies. Des régions entières sont en proie à «une prévalence incroyable de la malaria, à la malnutrition» et «la santé maternelle y est dramatique», a souligné le responsable de HRW.

Selon l’Organisation mondiale de la santé, ce pays détient la deuxième espérance de vie la plus faible du monde (48 ans) mais aussi des taux de mortalité trois fois plus élevés que le «seuil d’urgence» qui définit une crise humanitaire, d’après des études menées par Médecins sans frontières et d’autres organismes de recherche en RCA. Avec l’aggravation de la situation sécuritaire, c’est maintenant «l’ensemble de la population centrafricaine, soit 4,4 millions de personnes, qui se retrouvent sans soins médicaux et encore plus vulnérables», souligne MSF. Parmi elles, un million de personnes sont en situation d’insécurité alimentaire et 1,6 million en besoin d’une assistance humanitaire immédiate, selon l’ONU.