Centrafrique: La France sur le pied-de-guerre

MONDE – Face au chaos qui règne en République centrafricaine, qui pourrait devenir le «théâtre d’un génocide» selon l’ONU, Paris presse la communauté internationale d’intervenir sans délai pour rétablir l’ordre dans son ancienne colonie...

Faustine Vincent

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Une patrouille française à l'aéroport de Bangui, en Centrafrique, le 25 mars 2013.
Une patrouille française à l'aéroport de Bangui, en Centrafrique, le 25 mars 2013. — SIA KAMBOU / AFP

Après la guerre au Mali, la France s’apprête à ouvrir un nouveau front en République centrafricaine (RCA). Ce serait une question de jours, selon Le Monde. Il s’agirait d’«une opération coup-de-poing, limitée dans le temps, pour rétablir l'ordre et permettre une amélioration de la situation humanitaire», a indiqué au quotidien une source au ministère de la Défense.

Depuis le renversement, le 24 mars, du régime de François Bozizé par Michel Djotodia, le pays est en proie au chaos. Il y a quelques mois, la fracture entre chrétiens, largement majoritaires, et musulmans, n'existait pas encore dans ce pays où les deux communautés ont toujours vécu en bonne intelligence. Mais les exactions à répétition de l'ex-rébellion Séléka, à majorité musulmane, qui a porté Michel Djotodia au pouvoir en mars, ont rapidement généré des tensions, poussant des populations chrétiennes à former des «groupes d'autodéfense» pour s'en prendre aux musulmans.

A suivi un cycle de représailles et contre-représailles meurtrières entre milices d'autodéfense et ex-rebelles. Ces violences ont provoqué la fuite de dizaines de milliers de villageois chrétiens et musulmans, et font craindre des massacres à grande échelle.

«Pays au bord du génocide»

«Le pays est au bord du génocide, a asséné jeudi dernier le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius. Aujourd'hui c'est le désordre absolu. (...) Un million et demi de personnes qui n'ont rien, même pas à manger, et des bandes armées, des bandits, etc.», a-t-il souligné. La veille, François Hollande avait pressé la communauté internationale «d'agir» pour mettre fin au «chaos». «Si les choses ne sont pas remises en ordre, il y a un risque de dissémination à partir de foyers terroristes», assure Laurent Fabius.

La France compte actuellement en Centrafrique - son ancienne colonie - un peu plus de 400 militaires, essentiellement pour contrôler l'aéroport de Bangui et protéger ses ressortissants. François Hollande l’a annoncé jeudi dernier: Paris «s'apprête à augmenter sensiblement (son) contingent» et est « prêt à accompagner» le processus que les Nations unies sont sur le point d'engager. L’ONU doit en effet voter une résolution – attendue début décembre - pour «donner une permission d'intervenir aux forces africaines (des pays alentour), à l'Union africaine et également à la France», a affirmé le chef de la diplomatie. 

Objectif encore flou

Quel est exactement l’objectif de la France? Il est encore flou à l’heure actuelle. «On est encore dans le temps de la diplomatie et de la politique», explique le colonel Jaron, porte-parole de l’état-major des armées.

La France tient toutefois à distinguer les objectifs qui étaient visés au Mali de ceux recherchés en Centrafrique. «La situation est très différente de celle qui prévalait au Mali, a ainsi assuré Laurent Fabius lors de son déplacement à Bangui le mois dernier. Au Mali, il s'agissait de libérer un pays du terrorisme - nous l’avons fait. Ici, il s'agit de reconstruire un pays, un État (…). Il ne s'agit pas d'envoyer des parachutistes, mais nous allons augmenter un peu les effectifs, dans un premier temps, avant de les stabiliser à nouveau. Ceci sera fait vraisemblablement d’ici la fin de l'année.»

La perspective d’ouvrir un nouveau front en Afrique n’est pas du goût de tous. «Est-ce que nous avons la capacité à déployer nos troupes partout dans le monde dès qu'il y a des atrocités commises, s'est interrogé dimanche l’ancien ministre Bruno Le Maire. Je souhaite que […] nous concentrions nos efforts sur le Mali où il y a un intérêt national qui est de lutter contre l'islamisme radical», a estimé le député de l'Eure. Le débat ne fait sans doute que commencer.

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