John F. Kennedy: Derrière l’icône, un président au bilan politique fragile

Faustine Vincent

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John F. Kennedy, président des Etats-Unis, le 1er mars 1961 lors d'une conférence de presse.
John F. Kennedy, président des Etats-Unis, le 1er mars 1961 lors d'une conférence de presse. — Arnie Sachs/NEWSCOM/SIPA

Son brutal assassinat le 22 novembre 1963 à Dallas semble avoir figé pour l’éternité l’image de «JFK», mêlant jeunesse et glamour, audace et courage. Cinquante ans après, l’icône a pris tant de place qu’elle a éclipsé son bilan en tant que président des Etats-Unis. Qu’en est-il? «C’est difficile de juger, car il s’agit d’une présidence inachevée», observe le journaliste et romancier Philippe Labro, qui vient de publier On a tiré sur le président (Ed.Gallimard).

De fait, JFK n’est resté que deux ans et demi à la tête du pays. Trop peu pour entamer de grandes réformes, estiment certains. Philippe Labro, qui avait couvert le meurtre du président à l’époque pour France Soir, estime toutefois que son bilan «n’est pas négatif, au contraire. Il s’est certes planté sur la baie des Cochons, mais il a quand même amorcé la détente de la guerre froide grâce au dénouement de la crise des missiles de Cuba, inventé les corps de la paix, signé le décret d’envoi de l’homme sur la lune, amorcé le combat des droits civiques pour les Noirs et lancé le programme pour les soins de santé», énumère-t-il.

«Sa vie est faite d’échecs transformés en triomphes»

Thomas Snegaroff, chercheur associé à l’Iris et auteur de Kennedy, Une vie en clair-obscur (Ed. Armand Colin), est plus mitigé. «Il a réalisé très peu de choses. Il a sonné l’impulsion pour les droits civiques et sociaux –notamment l’assurance santé– mais c’est son successeur, Lyndon Johnson, qui les a mis en œuvre, pas lui. Son bilan politique est fragile.» Sa lecture de la crise des missiles est elle aussi plus critique. «On dit toujours que c’est le génial JFK qui a fait plier Khrouchtchev [l’ex-dirigeant de l’URSS]. Mais en réalité, les clauses de l’accord secret pour clore la crise sont très favorables à Khrouchtchev. JFK avait agi de façon complètement inconsidérée en privilégiant le bras de fer à la diplomatie, faisant courir le risque d’une guerre mondiale. Heureusement, le dirigeant soviétique a fait preuve de modération.»

«L’un des grands échecs de Kennedy en matière de politique étrangère, c’est le fait qu’il n’ait pas pu empêcher la construction du mur de Berlin en 1961», ajoute le chercheur. Un raté oublié deux ans plus tard grâce à son célèbre discours prononcé à Berlin Ouest, où il lance le fameux «ich bin ein Berliner». «Comme sur le plan politique, sa vie est faite d’échecs transformés en triomphes par la puissance de la communication des Kennedy, même après sa mort», analyse Thomas Snegaroff.

Une parenthèse enchantée

John F. Kennedy a aussi bénéficié de l’optimisme qui prévalait à l’époque où il est entré à la Maison Blanche. «L’Amérique était insouciante, les baby-boomers arrivaient à l’âge adulte, la société de consommation explosait… Tout se passait comme dans un rêve, souligne l’historien Romain Huret, chercheur au Centre d'études nord-américaines. Kennedy incarne cet âge d’or des Etats-Unis, d’où la fascination qu’il exerce encore aujourd’hui aux Etats-Unis, nostalgiques de cette époque privilégiée, qui s’est achevée avec son assassinat.»

Qu’a laissé JFK après ses 1.036 jours passés à la tête des Etats-Unis? «Chez les démocrates, la volonté d’agir, estime Romain Huret. C’est la fameuse phrase ‘’Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous. Demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays’’. Le slogan de Barack Obama, ‘’Yes we can’’, reprend la même idée, selon laquelle chacun peut agir, se prendre en main et aider son gouvernement.» John F. Kennedy est aussi le premier à avoir exploité aussi finement la puissance de l’image en politique, à s’entourer de publicitaires dans son équipe de campagne, et à utiliser régulièrement les sondages.

Philippe Labro estime de son côté que «si le mur de Berlin est tombé 36 ans plus tard, c’est un peu grâce à lui, parce qu’il avait ouvert le premier chapitre du dialogue avec le monstre de l’URSS». Et sur la guerre au Vietnam, Kennedy aurait-il laissé l’Amérique s’embourber comme elle l’a fait? s’interrogent les historiens. La brièveté du mandat de l’ancien président démocrate laisse les questions en suspens. «Kennedy est un livre ouvert où l’on peut mettre ce qu’on veut», résume Thomas Snegaroff. De quoi nourrir le mythe encore quelque temps.