Denis Mukwege, l’ardent défenseur des femmes violées en RDC

MONDE Le médecin congolais qui a soigné plus de 40.000 femmes en près de quinze ans, a reçu ce jeudi le prix de la Fondation Chirac...

Enora Ollivier

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Le médecin congolais Denis Mukwege, lors de la remise du prix de la Fondation Chirac, au musée du Quai Branly, le 21 novembre 2013.
Le médecin congolais Denis Mukwege, lors de la remise du prix de la Fondation Chirac, au musée du Quai Branly, le 21 novembre 2013. — Enora OLLIVIER / 20 Minutes

Denis Mukwege était visiblement ému, ce jeudi, en recevant le Prix pour la prévention des conflits que la Fondation Chirac lui a remis. Mais passées les formules de politesse d’usage, le médecin congolais a vite revêtu son costume d’ardent et inlassable défenseur des femmes victimes de violences sexuelles dans son pays.

L’homme de 58 ans a fondé l’hôpital de Panzi en 1999, dans sa ville de Bukavu, à l’est de la République démocratique du Congo (RDC). C’est là que depuis près de quinze ans, il soigne les femmes, adolescentes, fillettes victimes de viols et de sévices sexuels –des «atrocités de masse», commises «sur notre ressource la plus précieuse», selon ses mots.

500.000 femmes victimes

Les violences sexuelles sont une véritable «stratégie de guerre» dans le conflit du Kivu, à l’est de la RDC qui oppose l’armée régulière aux rebelles du M23. La guerre dure depuis la fin des années 1990, si bien que «nous avons donné la vie à des enfants issus du viol, qui ont à leur tour été violé», déplore le médecin. En presque vingt ans, 500.000 femmes ont subi ces violences. Le docteur, lui, en a pris en charge plus de 40.000 depuis l’ouverture de sa clinique, où il opère mais assure également un suivi psychologique et social.

Alors, puisque «le traitement en bloc opératoire atteint ses limites», «nous n’avons pas d’autre choix que d’informer l’opinion publique internationale et les décideurs sur cette triste réalité qui fait honte à notre humanité commune», dit Denis Mukwege. Lequel dénonce «la culture de l’impunité» et «l’érosion de la moralité publique» en RDC.

«Porter la voix des femmes»

Le discours du docteur ne plaît évidemment pas à tout le monde. En octobre 2012, il est passé tout près de la mort quand des hommes armés ont pénétré chez lui. Il doit sa survie à un de ses employés, qui s’est sacrifié pour lui. Mais il continue, coûte que coûte, le combat. Denis Mukwege veut que la communauté internationale se saisisse pour de bon du problème et, aussi, que les hommes qui ont commis des violences «répondent de leurs actes devant la justice, nationale ou internationale».

Le médecin, longtemps pressenti pour le Nobel de la paix, a l’espoir que «la France, qui est membre du Conseil de sécurité de l’ONU, porte la voix des femmes auprès de la Communauté internationale». Ce prix «nous oblige à agir», a déclaré François Hollande lors de la remise du prix, en dénonçant les exactions de groupes pour qui «le corps des femmes est un champ de bataille».