«Un message politique de l’Egypte aux jeunes beurs»

Propos recueillis par Alexandre Sulzer

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Interview d’Ali Laïdi, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et auteur de «Retour de flamme: comment la mondialisation a accouché du terrorisme» (éd . Calmann-Lévy) après l’arrestation de neuf islamistes français en Egypte.

L’Egypte a révélé lundi avoir arrêté sur son territoire neuf Français appartenant à un groupe islamiste. Cette nouvelle vous surprend-elle?

Non, pas du tout. Ce n’est ni la première ni la dernière fois. Ce qui est plus surprenant en revanche, c’est que ces personnes soient arrêtées à ce niveau là, avant d’être sur un terrain d’opération du djihad ou de retour en Occident. Cela démontre à la fois la traçabilité complète de ces jeunes islamistes mais surtout le message politique que l’Egypte entend lancer aux jeunes beurs: «on ne veut pas de vous, notre pays n’est pas une terre de djihad». C’est l’une des premières fois dans le monde arabe qu’un pays s’adresse à des musulmans étrangers pour les dissuader de tomber dans l’islam politique.

Cela correspond-il à un moment précis dans l’agenda politique intérieur égyptien?


Pas particulièrement. L’Egypte ne veut tout simplement pas avoir de problèmes avec la France et se faire accuser de laxisme, contrairement à la Syrie. Il faut dire que le régime égyptien a déjà assez à faire avec ses propres islamistes. Il existe toutefois un risque à cette politique: en arrêtant immédiatement de jeunes islamistes au lieu de surveiller toute la filière de recrutement, les services égyptiens auront peut-être plus de mal à mettre la main «sur de gros poissons».

N’est-il pas surprenant que ces personnes se soient trouvées en Egypte et non pas en Syrie, pays frontalier de l’Irak, terre de djihad?


L’Egypte est le plus haut lieu de la légitimité sunnite puisque c’est sur son territoire que se trouve la grande mosquée Al-Azhar. Or, ces Français sont à la recherche d’une première expérience islamiste et l’Egypte est la terre des Frères musulmans. L’objectif des recruteurs est de mesurer, dans un premier temps, leur degré de motivation et leur ingurgiter les préceptes les plus rigoristes de l’islam. Ayant été en terre d’islam, ces jeunes auront une plus grande légitimité, une fois rentrés en France, pour faire passer des messages politiques et faire du prosélytisme. Quelques-uns, une minorité, partiront dans un deuxième temps faire le djihad en Irak ou sur d’autres terrains d’affrontement.

Recueilli par A. Sulzer

Retrouvez mercredi dans l’édition papier de 20 Minutes la critique du livre d’Omar Nasiri «Au cœur du Djihad, mémoires d’un espion infiltré dans les filières d’Al-Qaida».