Les toilettes, une question de vie ou de mort

Faustine Vincent
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Un enfant entre dans une latrine, le 22 octobre 2010 à Bombay, en Inde. 
Un enfant entre dans une latrine, le 22 octobre 2010 à Bombay, en Inde.  — Rafiq Maqbool/AP/SIPA

Plus de deux milliards et demi de personnes n’ont pas accès à des toilettes convenables -où les eaux usées ne sont pas en contact avec l’homme. C’est près de 40% de la population mondiale. Comme chaque année depuis douze ans, la Journée mondiale des toilettes, reconnue cette année par l’ONU, rappelle combien cette question est un enjeu majeur de santé publique.

L’absence d’installations d’assainissement oblige encore aujourd’hui 1,1 milliard de personnes, soit 15% de la population mondiale, à déféquer dans la nature. L’Inde est le pays où cette pratique est la plus répandue: 626 millions de personnes sont contraintes d'y recourir. Or le manque d'accès à des installations d'assainissement et d'hygiène est l'une des causes principales de propagation des maladies et de décès. Près de 2.000 enfants dans le monde meurent chaque jour de maladies, évitables, liées à la diarrhée.

En vingt ans, la situation s’est toutefois un peu améliorée. En 1990, seuls 49% de la population mondiale avaient accès à des «installations d’assainissement améliorées», selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). En 2012, cette proportion est passée à 63%. Mais elle reste encore loin des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), qui la fixent à 75% d'ici 2015. Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, l’a reconnu l’an dernier: le développement en faveur de l'accès à l'eau potable a bien progressé, mais le monde n'est «toujours pas en voie d’atteindre la cible en matière d'assainissement».

Résistances culturelles

Les efforts déployés pour fournir des toilettes subventionnées se sont heurtés à des résistances dans de nombreux pays en développement, principalement pour des raisons culturelles, note l’OMS. Selon Jack Sim, fondateur de la World Toilet Organization, l’ONG à l’origine de cette journée mondiale, la principale raison pour laquelle tant de gens n’ont pas de toilettes est qu’ils n’en voient pas l’utilité. «Lorsque les gens parlent d’assainissement, ils se réfèrent généralement à l’eau parce que c’est socialement moins gênant. Ils qualifient même les excréments d’“eaux usées” ou d’“eaux grises”, sans jamais les appeler par leur nom», explique-t-il. En 2008, «l’échec relatif de projets destinés à fournir des toilettes fortement subventionnées ou gratuites a poussé les décideurs à revoir la manière d’atteindre les Objectifs du Millénaire», relève l’OMS.

Jack Sim met en avant la solution des «Sanishops», des franchises qui permettent de développer toute la chaîne de production des toilettes et de former des gens pour leur apprendre à en fabriquer et développer leur propre business.