Typhon aux Philippines: Les geeks au service de l’aide humanitaire

Faustine Vincent

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  									Des rescapés du typhon à Tacloban, aux Philippines, le 12 novembre 2013.
Des rescapés du typhon à Tacloban, aux Philippines, le 12 novembre 2013. — Aaron Favila/AP/SIPA

«Vous avez le pouvoir de sauver des vies humaines, ce week-end, depuis votre canapé». C’est avec cette formule «cliché» mais efficace que Kat Borlongan, jeune entrepreneuse philippine spécialiste de l’«open data», a mis sur pied une armée de geeks de tous pays prêts à aider bénévolement les victimes du typhon Haiyan aux Philippines.

«En règle générale, quand on demande de l’aide ''humanitaire'', on s’adresse à de puissantes ONG, afin de distribuer des denrées alimentaires, des médicaments ou de l’argent. Mais il s’avère que la communauté des développeurs peut également faire une énorme différence dans la gestion et la résolution de ce type de crise. C’est pour cette raison que je m’adresse à vous», détaille le texte. Il s’agit notamment de développer des outils pour faciliter les opérations de secours et l’acheminement de l’aide humanitaire.

L’appel, baptisé «Développeurs vs Typhon Haiyan», a été entendu. La jeune femme, cofondatrice de l'agence Five by Five à Paris, a déjà reçu plus de 300 messages. «N’importe qui peut le faire, pas besoin d’être sur place», explique-t-elle à 20 Minutes. Face à l’afflux de propositions, Kat Borlongan a rapidement mis en place une «feuille de route» pour orienter au mieux les électrons libres qui souhaitaient aider sans savoir comment s’y prendre. «Parfois ce n’est pas possible de constituer une équipe à cause du décalage horaire, par exemple quand un mec est en Afrique du Sud, l’autre en Roumanie et le dernier à San Francisco». Depuis lundi, des start-up se présentent spontanément à elle pour proposer leurs services. «C’est plus facile avec des équipes préformées, reconnaît-elle. Ils savent déjà comment s’organiser.»

Retrouver les rescapés via une plate-forme

Concrètement, en quoi les geeks aident-ils les Philippins? D’abord par une cartographie collaborative des zones sinistrées, réalisée 24/24h par un réseau mondial de technophiles, actualisée avec les informations disponibles et mise à la disposition des secours sur place. «C’est un outil précieux pour savoir si une route ou un pont a disparu, et quelles voies d’accès subsistent pour acheminer l’aide humanitaire», explique Jean-Baptiste Roger, directeur de La Fonderie, une agence publique qui s’occupe du numérique et qui a relayé l’appel des «Développeurs vs Typhon Haiyan». C’est ce que fait OpenStreet Map, l’équivalent Wikipedia de la cartographie.

Des développeurs et codeurs travaillent également sur le nettoyage d’une base de données des personnes ayant besoin d’aide pour éviter que les ONG aillent trois à quatre fois au même endroit. Mais l’outil le plus utilisé du moment est une plate-forme existant sur Google qui permet de retrouver les rescapés. «Le problème, avec ça, c’est pour les enfants, explique Kat Borlongan. Donc on réfléchit à un outil de reconnaissance faciale permettant aux parents de les retrouver».

Pour une meilleure coordination avec les autorités locales, la jeune femme peut compter sur une alliée de poids. Son amie Gia Banaag, qui co-gère le projet, travaille pour le président philippin. C’est elle qui fait remonter les demandes du pays. Un troisième acolyte, Dan Cummingham, membre de la plate-forme Geeklist, gère quant à lui les équipes techniques.

Dernièrement, Gia Banaag a demandé au groupe de faire une plate-forme pour permettre de faciliter les dons aux ONG locales, qui réclament du soutien. «C’est le plus difficile qu’on ait à faire. Ça ne se bâtit pas en deux jours», souligne Kat Borlongan.

Des rapports parfois compliqués avec les structures  «classiques»

Les rapports entre les ONG, le gouvernement et ces nouveaux contributeurs n’est pas toujours aussi simple. «Il arrive que certains citoyens issus d’horizons plus classiques critiquent ces initiatives. Il y aura toujours une génération de gens pensant que la cartographie collaborative n’est pas de la bonne cartographie, maugrée Jean-Baptiste Roger. C’est le combat Universalis contre Wikipedia». Par ailleurs, comment éviter que ces technophiles ne soient considérés comme des substituts ou des entraves au travail des secours? «Ils ne gêneront pas sur le terrain, assure-t-il. Ils court-circuitent parfois les hiérarchies classiques mais ce sont de bons soldats, ils s’inscrivent dans une organisation et veulent être utiles».

Ce n’est pas la première fois que des geeks se mettent au service de l’humanitaire. Leur première vraie mobilisation remonte à 2010, après le séisme en Haïti. «Les geeks ont un cœur, s’amuse Jean-Baptiste Roger. Ce sont des citoyens actifs, dont les compétences peuvent être très utiles pour gérer l’après-catastrophe quand tout est par terre». Et qui sait, devenir bientôt des acteurs incontournables dans la gestion de l’aide humanitaire.