Polonium: Un poison presque parfait

MONDE Après l'ancien membre des services secrets russes réfugié à Londres, Alexandre Litvinenko, cette substance radioactive hautement toxique serait l'arme qui a tué Yasser Arafat en 2004...

Bérénice Dubuc avec AFP

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Photo prise le 1er décembre 2006 à Berlin montrant l'élément Polonium sur un tableau périodique.
Photo prise le 1er décembre 2006 à Berlin montrant l'élément Polonium sur un tableau périodique. — AFP PHOTO DDP/AXEL SCHMIDT GERMANY OUT

Le grand public l’a rencontré pour la première fois en 2006, après l’empoisonnement de l’ancien membre des services secrets russes réfugié à Londres, Alexandre Litvinenko, en Grande-Bretagne. Depuis mercredi, le polonium fait à nouveau la une, après que cette substance radioactive hautement toxique a été mise en cause par des experts suisses dans la mort du dirigeant historique palestinien Yasser Arafat en 2004.

Ce poison, découvert en 1898 par Marie Curie, est un élément chimique naturel présent dans la pechblende (minerai d'uranium). Il est utilisé comme source de rayonnement Alpha dans la recherche et en médecine, mais aussi comme source de chauffage dans les engins spatiaux. Soluble, très toxique à des doses infimes (quelques microgrammes constituent une dose mortelle) par inhalation ou ingestion, c’est un élément particulièrement dangereux, dont la manipulation exige un équipement spécial et des procédures strictes.

Un poison difficile à produire

A lui seul, il suffit à provoquer des cancers par inhalation chez les animaux de laboratoire. Ses particules émettent en effet un rayonnement qui irradie localement les cellules et les détruit. Le polonium s’accumule également dans les organes vitaux, et la mort peut intervenir en seulement quelques jours -Alexandre Litvinenko est décédé en seulement trois semaines.

Cependant, ce poison est plutôt difficile à produire: il n’y a qu’un milliardième de gramme de polonium au maximum dans dix grammes d'uranium, et sa production nécessite un réacteur nucléaire, ainsi qu’un équipement extrêmement sophistiqué. Ce coût implique que seuls quelques Etats sont capables d’en produire. La Russie est le plus gros producteur, avec quelque 97% de la production mondiale (85 grammes).

Mais ce poison quasiment parfait, contre lequel aucun traitement n’est pour l’heure connu, laisse sa trace très longtemps dans l’organisme. Ainsi, sa radioactivité ne diminue que de moitié tous les 138 jours. C’est ainsi que les dix médecins et praticiens, pour la plupart de l'Institut de radiophysique de Lausanne, qui ont analysé les échantillons prélevés sur la dépouille de Yasser Arafat ont pu en retrouver sur sa dépouille plusieurs années après sa mort, et conclure que les «activités de polonium-210 dans les os et les tissus étaient jusqu'à 20 fois supérieures aux références de la littérature» médicale, soutenant ainsi «l'hypothèse que la mort a été la conséquence d'un empoisonnement au polonium-210».

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