Mort d'Arafat: Israël plaide non coupable

MONDE De nombreux Palestiniens soupçonnent Israël, qui a toujours nié avoir empoisonné leur chef historique...

avec AFP

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Yasser Arafat le 27 septembre 2004 à Ramallah.
Yasser Arafat le 27 septembre 2004 à Ramallah. — HUSSEIN HUSSEIN/SIPA

Israël a une nouvelle fois rejeté catégoriquement jeudi toute implication dans la mort de Yasser Arafat, au lendemain de la publication d'un rapport médical suisse confortant la thèse d'un empoisonnement au polonium du chef historique palestinien décédé en 2004.

Les causes de la mort d'Arafat, le 11 novembre 2004 à l'hôpital militaire Percy de Clamart, près de Paris, n'ont pas été élucidées, et nombre de Palestiniens soupçonnent Israël, qui a toujours nié, de l'avoir empoisonné. Interviewé par l'AFP, Raanan Gissin, un conseiller d'Ariel Sharon, Premier ministre israélien au moment de la mort d'Arafat, a assuré que «les instructions de Sharon étaient de prendre toutes les précautions pour qu'Israël ne soit pas accusé de la mort d'Arafat».

«Ariel Sharon avait ordonné de tout faire pour éviter qu'Arafat -alors encerclé par l'armée israélienne dans la Mouqataa, siège de la présidence palestinienne à Ramallah (Cisjordanie)- ne soit pas tué par nos soldats», a expliqué M. Gissin, porte-parole et proche collaborateur de l'ancien chef du gouvernement. «C'est aussi pour cette raison que Sharon a permis l'évacuation vers un hôpital en France d'Arafat lorsqu'il s'est avéré qu'il était mourant», a-t-il insisté. «Au lieu de lancer des accusations sans fondement contre Israël, les Palestiniens feraient mieux de s'interroger sur ceux qui dans l'entourage d'Arafat avaient intérêt à sa disparition, et surtout sur qui a mis la main sur l'argent que contrôlait Arafat», a affirmé M. Gissin. Interrogé sur les menaces de mort que Sharon avait lancées dans le passé contre Arafat, M. Gissin a assuré qu'il ne s'agissait que de «déclarations politiques n'ayant pas eu de suites opérationnelles».

«C'est l'épisode cent et quelque du feuilleton»

Dès la publication du rapport suisse mercredi par la chaîne qatarie Al-Jazeera, le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères, Yigal Palmor, a nié toute responsabilité d'Israël dans la mort d'Arafat. «C'est l'épisode cent et quelque du feuilleton Souha (Arafat, la veuve du dirigeant palestinien) contre les successeurs d'Arafat», a-t-il ironisé dans une déclaration à l'AFP. Danny Yatom, un ancien patron du Mossad, le service de renseignements israélien, a estimé que «toute cette affaire (était) très bizarre». «Pour lever le mystère, il suffirait d'interroger les médecins français qui l'ont soigné», a dit M. Yatom à la radio publique. «Je ne sais pas si Souha Arafat agit uniquement pour défendre la mémoire ou l'argent de son mari défunt», a-t-il poursuivi. Cet ex-chef du Mossad (1996-98) a rappelé que la nourriture que consommait Yasser Arafat lorsqu'il était encerclé par l'armée israélienne à la Mouqataa à Ramallah à partir de 2002 était préalablement testée par des goûteurs.

Interrogé sur le précédent qu'aurait pu constituer la tentative d'assassinat par le Mossad le 5 septembre 1997 à Amman de Khaled Mechaal, alors membre de la direction du Hamas dont il est devenu le chef en 2004, Danny Yatom s'est contenté de répondre: «Nous n'avons pas utilisé de produits radioactifs». Cinq agents israéliens se faisant passer pour des touristes canadiens avaient tenté de tuer Khaled Mechaal en lui injectant une substance toxique. Sous la pression, Israël avait ensuite dû fournir un antidote.

Un porte-parole du Hamas, au pouvoir à Gaza, Sami Abou Zouhri, a affirmé mercredi que «Khaled Mechaal avait été le premier à considérer que la mort d'Arafat avait été causée par un empoisonnement imputé à l'occupant».