Neuf ans après la mort d'Arafat, de nombreuses zones d’ombre demeurent

DÉCRYPTAGE es analyses d'un laboratoire suisse confortant la thèse de l'empoisonnement du leader historique palestinien au polonium-210 ont été divulguées mercredi...

Bérénice Dubuc

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Yasser Arafat le 27 septembre 2004 à Ramallah.
Yasser Arafat le 27 septembre 2004 à Ramallah. — HUSSEIN HUSSEIN/SIPA

La thèse d’un empoisonnement de Yasser Arafat, mort en 2004 près de Paris, a été relancée mercredi, après la divulgation des analyses d’un laboratoire suisse confortant cette hypothèse. 20 Minutes fait le point.

Comment est mort Yasser Arafat?

Le dirigeant historique palestinien est décédé à l’âge de 75 ans le 11 novembre 2004, mais depuis, les causes de sa mort n’ont toujours pas été élucidées. Cependant, sa veuve, Souha Arafat, a toujours affirmé qu’il avait été empoisonné. Les analyses d’échantillons prélevés sur sa dépouille par un laboratoire suisse tendent à conforter l’hypothèse d’un empoisonnement au polonium-210.

Pourquoi ces résultats ne sont-ils connus qu’aujourd’hui?

Arafat est mort après son évacuation vers la France avec l’accord d’Israël qui l’assiégeait depuis plus de deux ans à la Mouqataa, siège de la présidence palestinienne à Ramallah. Il avait été transféré dans un hôpital militaire français après avoir souffert de douleurs abdominales sans fièvre. En juillet 2012, Al-Jazira diffusait un documentaire révélant que des quantités anormales de polonium, un poison extrêmement radioactif, avaient été retrouvées sur des effets personnels de Yasser Arafat, confiés par sa veuve à la chaîne, qui les a fait analyser par le laboratoire suisse.

Sa veuve a déposé plainte la même année en France, déclenchant une information judiciaire pour assassinat. Une soixantaine de prélèvements ont été effectués le 27 novembre 2012 dans la tombe de Yasser Arafat à Ramallah, en Cisjordanie, puis répartis pour analyse entre les trois équipes d’enquêteurs, suisse, française et russe.

Quelles sont les conclusions de ces analyses?

«Les résultats soutiennent modérément l’hypothèse que la mort a été la conséquence d’un empoisonnement au polonium-210», concluent les dix médecins et praticiens, pour la plupart de l’Institut de radiophysique de Lausanne. «Nous avons mesuré des activités de polonium-210 dans les os et les tissus qui étaient jusqu’à 20 fois supérieures aux références de la littérature» médicale, selon le rapport daté du 5 novembre.

«Le fait qu’elles ne soient pas homogènes est compatible avec une absorption de polonium-210 survenue lors de l’apparition des premiers symptômes», en octobre 2004, ajoutent-ils. Les rapports des équipes suisse et russe ont été remis aux dirigeants palestiniens, a-t-on appris de sources officielles palestiniennes, sans indication sur leurs conclusions.

Qui pourrait être derrière cet assassinat?

Un médecin légiste britannique qui a rédigé une analyse du rapport médical, Dave Barclay, a déclaré à Al-Jazira que «l’arme du crime a été trouvée. Ce que nous ne savons pas, c’est qui la tenait à ce moment-là». Nombre de Palestiniens, dont le neveu d’Arafat et président de la Fondation Yasser Arafat, Nasser al-Qidwa, Tawfiq Tiraoui, président de la commission d’enquête palestinienne sur la mort du leader palestinien, ou encore le Hamas, au pouvoir à Gaza, soupçonnent ouvertement Israël, qui a toujours nié. Le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères, Yigal Palmor, a réaffirmé mercredi qu’Israël n’avait «rien à voir» avec la mort d’Arafat. Souha Arafat, elle, n’a jamais précisé dans quelle direction se tournaient ses soupçons.

Pourrait-il y a voir des poursuites?

Souha Arafat a dit vouloir «punir» les responsables. «Ma fille et moi irons devant tous les tribunaux à travers le monde pour punir ceux qui ont commis ce crime», a-t-elle déclaré dans une interview à Al-Jazira. Par ailleurs, le président de la commission d’enquête palestinienne, Tawfiq Tiraoui, avait annoncé en novembre 2012 que si les prélèvements confirmaient la thèse de l’empoisonnement, les dirigeants palestiniens saisiraient la Cour pénale internationale (CPI).