Les Espagnols s'indignent sur les billets de banque

CRISE A l’instar de leurs voisins portugais, les Espagnols grognent. Des messages de colère et de désapprobation fleurissent sur les billets de banque...

Bertrand de Volontat

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Les "indignés", qui réclament notamment une réforme de la loi électorale pour donner la parole aux petits partis, exclus du Parlement, prévoient de manifester à Madrid le 13 novembre puis le 19, veille du vote, défiant une interdiction décrétée par les autorités.
Les "indignés", qui réclament notamment une réforme de la loi électorale pour donner la parole aux petits partis, exclus du Parlement, prévoient de manifester à Madrid le 13 novembre puis le 19, veille du vote, défiant une interdiction décrétée par les autorités. — Dani Pozo afp.com

Des Espagnols clairement déçus par la situation de leur pays souhaitent le faire savoir. Comme leurs voisins portugais, ils ont subi trois années d'austérité et le budget 2014 présenté fin septembre prépare une nouvelle cure de rigueur. L'Espagne est pourtant sortie timidement de la récession au troisième trimestre mais le chômage reste très élevé et les salaires continuent de baisser.

Pour exprimer leur ras-le-bol, les Ibères ont choisi la manifestation écrite. Ils rédigent des messages courts gribouillés sur les billets de banque à l'encontre des responsables politiques et financiers du pays. «Ecrire sur les billets permet d'ironiser sur la relation entre politique, banque et argent, analyse Eulalia Rubio, chercheur au think tank Notre Europe. Plusieurs personnes écrivent des messages personnels aux présidents de telle banque ou telle l'autre, dans l’espoir que le billet arrive un jour dans leurs mains.»

Dans la lignée des Indignés

Quoi de plus fort que viser la monnaie de la zone euro, symbole de la troïka -FMI, BCE, UE- chargée d'appliquer la cure d'austérité espagnole, pour protester contre ce budget ayant pour objectif principal de ramener le déficit budgétaire à 5,8% l’an prochain? Cette initiative est la digne descendante du mouvement des Indignés, qui regroupait des centaines de milliers d’Espagnols souhaitant en finir avec «la dictature des marchés». «Ces messages sont principalement l’initiative des jeunes qui s'est étendue grâce aux réseaux sociaux. Au fond, elle n'est qu'une nouvelle expression de la grogne collective de la jeunesse espagnole vis-à-vis d’un système politique et économique qui les exclut.»

Voici donc ces billets de 5, 10, 20 et même 50 euros tagués qui circulent dans le commerce depuis plus d’un an d’une main à l’autre à travers toutes les strates de la société. La démarche, qui n'altère par la valeur légale des billets, fait peu à peu tache d'huile. «Pour le moment, l'initiative n'a pas pris une grande ampleur, on trouve plus de billets écrits dans les photos mises sur la toile que dans les mains des consommateurs», affirme le chercheur.

Une crise bien plus profonde

Sur un billet de 10 euros, il est ainsi écrit non sans violence: «S’il vous plaît, que quelqu'un retourne dans le passé et fasse en sorte que les parents de Rajoy -le Premier ministre- ne se rencontrent jamais.» Sur un billet de 50 euros, le ton monte: «Ah, chers politiciens et banquiers, comme je suis sûr que ce billet finira entre vos mains, j'en profite pour vous laisser un message privé: vous êtes des voleurs et des fils de p***s.»

«La crise économique a coïncidé avec une crise politique. Le parti au gouvernement est ébranlé par un scandale de corruption, explique Eulalia Rubio. Aussi, il y a eu des erreurs dans la gestion de la crise. L’Etat débourse des aides généreuses et s’endette dangereusement pour assainir les banques mais n’offre aucune solution à la situation de toutes les familles étouffées sous les hypothèques.» De quoi participer à renforcer l’indignation d’une large partie de la population.