Mali: Les zones d’ombre qui demeurent après la mort des deux journalistes de RFI

M. Go. avec AFP

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Photo prise le 26 juillet 2013 à Kidal, qui se situe au nord du Mali.
Photo prise le 26 juillet 2013 à Kidal, qui se situe au nord du Mali. — KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Alors que le rapatriement des corps des deux journalistes français de Radio France internationale (RFI) s’organise, les questions se multiplient autour de leur assassinat. Dimanche soir, leurs dépouilles ont été ramenées à Bamako par un avion de l'armée française qui s'est posé à l'aéroport à 18h00 (locales et GMT).

Le ministre français délégué aux Anciens combattants, Kader Arif, en visite dans la région, se trouvait à l'aéroport. Des membres de la direction de RFI sont arrivés plus tard dans la soirée à Bamako pour organiser le rapatriement des deux corps en France, lundi.

Les faits continuent d’intriguer les autorités françaises. Ghislaine Dupont et Claude Verlon «ont été assassinés froidement. L'un a reçu deux balles, l'autre trois balles», a déclaré dimanche le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, à l'issue d'une réunion de crise à l'Elysée. Il a indiqué que les deux journalistes avaient été enlevés «par un petit commando» devant le domicile d'un responsable touareg qu'ils venaient d'interviewer. Leurs corps ont ensuite été retrouvés, moins de deux heures après le rapt, à 12km de Kidal, par une patrouille française qui avait été alertée.

Voilà pour les faits principaux mais de nombreuses zones d’ombre demeurent sur les causes et les circonstances de l'assassinat de deux professionnels aguerris, enlevés en plein jour.

Qui sont les tueurs?

En premier lieu, l'identité des ravisseurs reste inconnue. Selon le témoignage d'Ambéry Ag Rhissa, le représentant du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA, rébellion touareg) que les journalistes venaient d'interviewer et qui a assisté à l'enlèvement, les agresseurs parlaient tamachek, la langue des Touareg.

Kidal est le berceau de la communauté touareg et du MNLA, organisation qui a condamné les crimes et promis de «tout mettre en oeuvre pour identifier les coupables».

Mais comme tous les groupes dans la région depuis l'intervention française, le MNLA est aujourd'hui «parcellisé et divisé», note le député socialiste François Loncle, auteur d'un rapport parlementaire sur le Sahel. «Il y a notamment ceux qui acceptent le dialogue avec le sud (du Mali), et les jusqu'au-boutistes» qui le refusent, ajoute-t-il.

La piste d'Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi), présente dans la région malgré les troupes françaises, reste cependant «la plus probable», estime Pierre Boilley, directeur du Centre d'études des Mondes africains (CEMAF), qui ne voit «aucun intérêt» pour le MNLA à enlever ou tuer des journalistes français.

Un différend financier à cause de la rançon de la semaine dernière?

Les meurtres de Ghislaine Dupont et de Claude Verlon sont intervenus quatre jours après la libération de quatre otages français, détenus par Aqmi pendant plus de trois ans dans la région.

La presse française évoquait dimanche l'hypothèse d'un différend financier entre groupes armés autour de la rançon qui aurait été versée -20 millions d'euros selon certaines sources- pour obtenir la libération des quatre otages français.

«Est ce que la répartition des rançons versées a été équitable? Il n'est pas impossible que certains au sein d'Aqmi se soient sentis grugés», a déclaré à l'AFP l'anthropologue André Bourgeot, spécialiste des mouvements touaregs dans la région.

L’armée a-t-elle trop mis la pression?

Autre hypothèse: les journalistes enlevés ont-ils pu être exécutés alors que les ravisseurs tentaient d'échapper à leurs poursuivants?

Selon le porte-parole de l'état-major français, le colonel Gilles Jaron, les forces françaises basées à l'aéroport de Kidal, alertées de l'enlèvement, ont envoyé une patrouille et deux hélicoptères sur zone, mais ont découvert les corps des deux journalistes sans avoir vu ou affronté les meurtriers.

Les journalistes ont-ils pris trop de risques?

La situation est particulièrement dangereuse à Kidal, qui échappe au contrôle de Bamako et est sous la coupe de groupes rivaux touareg, malgré la présence française et de la Minusma, la force de maintien de la paix de l'ONU au Mali.

La zone ne semblait donc pas encore totalement sécurisée mais les deux journalistes connaissaient bien le terrain. «Ni Ghislaine ni Claude n'étaient des têtes brûlées, ils n'ont pris aucun risque inconsidéré», a assuré Marie-Christine Saragosse, PDG de France Médias Monde qui inclut RFI.